Bernard Valcourt

Bernard Valcourt

Le Canada réitère son attachement aux valeurs partagées dans l’espace francophone.

Ancien ministre d’État à la Francophonie Bernard Valcourt accorde une attention particulière au XIVe Sommet de la Francophonie. L’action du Canada au sein de la Francophonie vise avant tout l’affirmation de valeurs partagées dans l’espace francophone chères aux canadiennes et canadiens. La démocratie, la bonne gouvernance, la paix, la sécurité et le respect des droits de la personne sont des conditions préalables et indispensables au développement durable. Le Canada compte donc profiter du Sommet pour rappeler que tous les pays membres de la Francophonie doivent poursuivre leurs efforts en faveur de ces principes. Le Canada a toujours soutenu fortement l’Afrique depuis de nombreuses décennies dans de multiples domaines et continuera de jouer un rôle de leader au sein de la Francophonie et de faire valoir l’importance de créer des liens économiques entre les pays membres. Dans l’interview qui suit, le ministre fait un tour d’horizon des grandes questions actuelles.

Diplomat investissement: Monsieur le ministre, vous aller effectuer votre première visite en Afrique, les populations africaines attendent beaucoup de ce voyage. Quels sont les différents dossiers que vous allez aborder lors du sommet de la Francophonie de Kinshasa ?

Le ministre Bernard Valcourt:Ceci sera mon deuxième voyage en Afrique à titre de ministre d’État à la Francophonie. J’ai effectué une mission préparatoire au sommet de la Francophonie en RDC et en Côte d’Ivoire et en France en juin dernier. Ce sera également le deuxième voyage du Premier ministre du Canada.

Le Sommet est une occasion pour le Canada de réitérer son attachement aux valeurs partagées dans l’espace francophone, c’est-à-dire le développement démocratique, le respect des droits de la personne, la consolidation de l’État de droit, la paix et la sécurité ainsi que la réduction de la pauvreté et le développement durable.• De plus le Sommet offre l’opportunité de discuter et d’explorer avec les autres pays membres de quelle façon nous pouvons ajouter une dimension économique à l’Organisation international de la Francophonie.

Le sommet de la Francophonie de Kinshasa est une occasion pour réfléchir au sujet des préoccupations majeures du monde. Quelle sera la contribution du Canada dans le choix du thème central du Sommet sur les enjeux environnementaux et économique face à la gouvernance mondiale?

Pour contribuer au thème, le Canada vise d’une part à doter la Francophonie de principes communs sur la bonne gouvernance des ressources naturelles, et d’autre part à développer sa stratégie économique dans le cadre de son prochain plan décennal.

Le Canada considère qu’il est dans l’intérêt de tous les partenaires (gouvernements, société civile, entreprises) que les industries extractives opèrent de manière responsable.

Le Canada est intéressé à avoir une bonne discussion sur la bonne gouvernance des ressources naturelles. La bonne gouvernance de la richesse, que de nombreux pays de la Francophonie possèdent, en particulier

en Afrique, peut aider à promouvoir une croissance durable et sortir les pays de la pauvreté.

Le Canada joue un rôle de premier plan dans le rayonnement de la Francophonie à l'échelle internationale et vous avez indiqué récemment que le Sommet de Kinshasa sera une excellente occasion de renforcer davantage les valeurs que prônent les pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie notamment sur les progrès en matière de droits de la personne, de même que sur la démocratie et la bonne gouvernance. Quel est votre point de vue ?

Le Canada compte profiter du Sommet pour rappeler que tous les pays membres de la Francophonie doivent poursuivre leurs efforts en faveur de la démocratie, de la bonne gouvernance et du respect des droits de la personne. Les pays de la Francophonie se sont engagés dans ce sens en adhérant aux valeurs et aux principes de la Francophonie.

Le Canada tient également à profiter du Sommet pour encourager la République démocratique du Congo en tant qu’hôte du Sommet à continuer de travailler étroitement avec ses partenaires régionaux et internationaux pour établir une paix durable à l’est du pays et dans la région des Grands Lacs.

Le Canada compte profiter du Sommet pour intégrer les principes cardinaux de liberté de religion et de conscience aux grandes orientations de la Francophonie.

Certains observateurs de la politique africaine pensent que le gouvernement canadien ne se préoccupe pas de l’Afrique. D’un point de vue politique et géostratégique, mais également moral, éthique et de l’aide au développement. Depuis 2009, le gouvernement avait annoncé une restructuration en profondeur de ses programmes d’aide bilatéraux aux pays en voie de développement. L’Afrique en est sortie grande perdante, car l’Agence canadienne de développement international (ACDI) s’est retirée de huit des quinze pays du continent qu’elle appuyait auparavant. Alors que l’allocution du Premier ministre à l’Assemblée générale à l’automne 2010, vous avez pressé les pays de tenir leurs promesses pour qu’ils obtiennent des solutions pratiques et durables en matière de développement. Quelles sont les stratégies du Canada en vue d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement et de l’amélioration de l’efficacité de son aide internationale en Afrique?

Le Canada soutient fortement l’Afrique depuis de nombreuses décennies, dans de multiples domaines et par différents mécanismes. Le Canada est résolu à renforcer les capacités des partenaires du développement en Afrique et à harmoniser ses initiatives avec les priorités africaines afin de réduire la pauvreté et d’accroître la durabilité et la stabilité. L’Agence canadienne de développement international (ACDI) fournit 80 % du soutien annuel du gouvernement du Canada au développement en Afrique. Le programme de coopération internationale est ciblé, tant sur le plan thématique que géographique, dans le but d’accroître l’efficacité et la responsabilisation.

L’aide internationale du Canada à l’Afrique en 2010-2011 s’est élevée à 2,17 milliards de dollars, dont 1,7 milliard de

dollars par l’entremise de l’ACDI. En 2010- 2011, près de 48% de l’aide de l’ACDI était consacrée à l’Afrique.

Comme il s’était engagé à le faire dans le cadre du Sommet du G8, le Canada a doublé son aide à l’Afrique par rapport aux niveaux de 2003-2004, de sorte que celle-ci atteignait 2,1 milliards de dollars en 2008-2009. Par ailleurs, le Canada a maintenu ce niveau d’appui en 2009-2010 et en 2010-2011.

Le Canada continue à contribuer indirectement à la réalisation des résultats de développement et à l’aide humanitaire en République démocratique du Congo (RDC) grâce à son soutien institutionnel à long terme en faveur d’organisations multilatérales et mondiales. Au cours de l’exercice financier 2010-2011, l’ACDI a versé environ 17,4 millions de dollars en faveur de la RDC

grâce à son soutien institutionnel à long terme. En outre, le ministère des Finances a versé 13,7 millions de dollars sous forme de soutien institutionnel à long terme à la Banque mondiale.

En 2011-2012, l’ACDI a versé 10 millions de dollars au Programme alimentaire mondial (PAM) pour répondre aux besoins

d’aide alimentaire des personnes vulnérables en RDC. En 2011-2012, l’ACDI a consenti 2 millions de dollars au Haut- Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), afin de satisfaire les besoins fondamentaux des réfugiés (Burundi, Ouganda, Rwanda et Tanzanie) et des personnes déplacées à l’intérieur de la RDC. De plus en 2011-2012, l’ACDI a versé $1,5 million de dollars en réponse à l’appel du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour la région Grands Lacs et Afrique Centrale. Ce financement a permis au HCR de fournir des abris, des vêtements et d’autres articles non alimentaires essentiels destinés entre autres à des réfugiés Congolais au Burundi, au Rwanda, en République Centrafricaine et en Ouganda.

En 2011-2012, l’ACDI a fourni 2 millions de dollars au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour apporter une aide cruciale aux personnes touchées par le conflit en RDC.

En 2011-2012, l’ACDI a versé des fonds à plusieurs organisations pour la prestation de soins médicaux d’urgence dans les zones touchées par le conflit dans l’Est de la RDC. Elle a fourni 1,5 million de dollars à Médecins sans frontières (MSF) pour des services médicaux d’urgence à Haut Uelé et Ituri, province Orientale.

L’ACDI a également versé 500 000 de dollars à Aide à l’enfance Canada pour améliorer l’accès aux soins de santé génésique, grâce à la fourniture de médicaments et de matériel essentiels; à la formation du personnel de la santé aux soins de santé génésique vitaux; au renforcement des systèmes d’aiguillage des collectivités vers les services appropriés d’aide aux victimes de violence sexuelle, aux services de soins de santé génésique et aux services de protection.

Plusieurs investisseurs voient des opportunités de croissance en Afrique, selon l’étude réalisée par l’Entreprise d’Audit et Conseils ERNEST YOUNG, qui démontre que d’ici 2015, le flux d’investissements directs étrangers devrait atteindre 250 milliards. Pour ne pas laisser le champ libre à la Chine dont le commerce avec l’Afrique augmente en moyenne de 30 % par an au cours de la dernière décennie, et a dépassé la barre des 150 milliards de dollars US en 2010. Pensez-vous que le gouvernement devrait s’intéresser aux marchés prometteurs de l’Afrique et élaborer une nouvelle politique basée sur le développement, le commerce et l’investissement?

Les entreprises canadiennes sont très enthousiastes face au potentiel qu’offre l’Afrique.

L’an dernier, nos échanges de marchandises avec l’Afrique subsaharienne ont atteint le chiffre sans précédent de 10,3 milliards de dollars, comparativement à 7,8 milliards en 2010 et 5,3 milliards en 2009.

• Les pays africains, en effet, comptent parmi les économies qui affichent les taux de croissance les plus élevés au monde.

La croissance du PIB en Afrique subsaharienne a atteint 5,1 p. 100 l’an dernier. C’est là une réalisation remarquable, compte tenu de la conjoncture mondiale actuelle.

On s’attend à ce que cette croissance dynamique se poursuive cette année et encore l’an prochain.

Le Canada est fier de contribuer à la réussite commerciale grandissante de l’Afrique.


Vous vous êtes prononcé en faveur du renforcement de la responsabilisation à l’échelle mondiale pour sauver la vie de femmes et des enfants : «Les efforts du Canada portent essentiellement sur le renforcement des services de santé à l’échelle communautaire, l’amélioration de la nutrition pour les mères et les enfants, la prévention et le traitement des maladies les plus répandues à l’origine de la mortalité maternelle et infantile». Comment comptez-vous aider l’Afrique en générale et plus précisément la RDC pays hôte du Sommet?

Au Sommet du G8 à Muskoka en juin 2010, le Canada s’est engagé à verser 1,1 milliard de dollars en nouveaux fonds pour l’Initiative de Muskoka sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants. En tout, 80 % de ces fonds seront acheminés vers l’Afrique subsaharienne. Ce montant s’ajoute à la promesse faite de maintenir le niveau de financement actuel de 1,75 milliard de dollars canadiens pour la période 2010-2015. L’engagement totalise donc 2,85 milliards de dollars canadiens sur cinq ans – la majorité de ces fonds seront également décaissés pour l’Afrique.

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a été créé dans le but d’accroître considérablement les ressources destinées à combattre trois des maladies les plus dévastatrices du monde et de diriger ces ressources vers les régions qui en ont le plus besoin. En ce qui concerne la RDC, le Fonds mondial a approuvé des subventions s’élevant au total à 1,391 millions de dollars américains, dont 457 millions ont été décaissés à ce jour. Quinze subventions ont été approuvées jusqu’à présent.

Le Canada a engagé 1,5 milliard de dollars américains pour le Fonds mondial depuis sa création, en 2002, somme qui inclut les 540 millions de dollars échelonnés entre 2011 et 2013 annoncés plus récemment.

Outre le Fonds mondial, l’ACDI appuie les activités multilatérales de lutte contre la tuberculose en RDC, par l’entremise du Dispositif mondial pour l’approvisionnement en médicaments et par l’intermédiaire du projet d’extension des services de lutte antituberculeuse (TB REACH), deux initiatives du Partenariat Halte à la tuberculose, organisation hébergée à l'Organisation mondiale de la santé. À ce jour, l’ACDI a versé environ 149.6 millions de dollars au Dispositif mondial, dont un peu plus de 1,5 million de dollars américains sous forme de médicaments contre la tuberculose ont été consacrés à la RDC entre 2002 et 2010. De 2010¬2011 à 2011¬2012, 4,8 millions de dollars ont été décaissés en RDC dans le cadre du projet d’extension (TB REACH).

Depuis 2002, l’ACDI a octroyé 253 millions de dollars à l’Alliance GAVI, un partenariat mondial voué à la santé qui réunit des intervenants du domaine de l’immunisation issus des secteurs privé et public, à titre de soutien direct aux programmes, en plus des 200 millions de dollars américains consacrés au Mécanisme de garantie de marchés, lequel accélère l’introduction du vaccin antipneumococcique dans les pays pauvres. Elle a plus précisément versé à ce pays 195 millions de dollars américains entre 2002 et le mois de mars 2011, notamment pour l’emploi de nouveaux vaccins ou de vaccins sous-utilisés, la prestation de services

d’immunisation, le renforcement du système de santé et le soutien à la sécurité des injections.

L’ACDI alloue 50 millions de dollars sur cinq ans à Initiative mondiale pour accélérer le soutien à la santé des mères et des nouveau-nés du groupe H4+. Ce dernier est un mécanisme collaboratif et harmonisé composé du FNUAP, de l’UNICEF, de l’OMS, d’ONUSIDA, de la Banque mondiale et d’ONU Femmes.

Depuis 2000, l’ACDI a attribué du financement à l’UNICEF et à l’OMS pour qu’ils mettent en œuvre leurs projets d’immunisation partout dans le monde dans le but de faire grimper les taux de couverture en matière d’immunisation systématique tout en renforçant les systèmes de santé des pays. Dans l’ensemble des fonds que l’Agence consacre à l’immunisation, 730 000 dollars ont été attribués à la RDC.

De 2010 à 2012, la Direction générale des programmes multilatéraux et mondiaux (DGPMM) de l’ACDI a versé 20 millions de dollars à l’UNICEF pour la mise en place des journées pour la santé des enfants dans 33 pays africains.

De 2011 à 2013, l’ACDI attribue 15 millions de dollars au Projet pour la santé des populations les plus démunies de l’UNICEF. La RDC a déjà reçu environ 5,2 millions de dollars depuis le début du projet.