|
Raymond
Chrétien est sans
aucun doute le diplomate canadien le plus connu, à l’intérieur
comme à l’extérieur du Canada. Pendant 38 ans, il a
fréquenté ce monde au sein duquel se nouent et se
dénouent les alliances mondiales.
Ayant été ambassadeur en France, aux États-Unis, en
Belgique, au Mexique et au Congo ex-Zaïre en plus d’un
poste de sous-secrétaire d’État associé au
ministère des Affaires étrangères. Maintenant retraité
de la diplomatie, il est conseiller stratégique du réputé
cabinet d’avocats
Fasken Martineau DuMoulin.
Raymond Chrétien est reconnu comme une personne de
grande qualité, un homme d’expérience, très dynamique.
Sa force principale est sa capacité d’écoute. Il l’a
prouvé au cours des grandes négociations
auxquelles il a participé. Son rêve principal,
c’est de travailler à établir la paix et la stabilité
dans le monde. Il a énormément apprécié son rôle d’envoyé
personnel de M. Boutros Boutros-Chali, Secrétaire général
des Nations-Unies à l’époque, dans la région des Grands
Lacs de l’Afrique centrale.
Pour Raymond Chrétien,
la diplomatie classique a connu une évolution
importante à la fin de la Guerre froide. Pendant cette
période, la diplomatie traditionnelle était du
ressort presque exclusif des gouvernements. La diplomatie
économique, elle, est dictée par la nécessité de créer
et de consolider les échanges commerciaux dans le monde. La
fin de la Guerre froide a permis la libéralisation de
plusieurs économies et surtout, c’est important, la
formation d’alliances stratégiques entre nations qui ont
des intérêts communs.
Donc, le rôle des ambassadeurs a changé en même temps que
cette nouvelle donnée. L’ambassadeur fait la promotion de
son pays auprès des partenaires du pays dans lequel il est
accrédité. C’est une diplomatie qui fait énormément
appel à la communication moderne. Les ambassadeurs
qui ont une maîtrise déficitaire des outils de
communication ou qui ne l’utilisent pas auront évidemment
beaucoup de problèmes pour faire leur travail. Par
exemple, au temps de la diplomatie classique, la diffusion
de l’information se faisait suivant un cadre rigide :
il fallait passer par les canaux officiels et
hiérarchiques. On perdait du temps et des ressources.
Actuellement, l’ambassadeur dispose de tous les outils d’information
et de communication et tout peut se faire de manière
immédiate. Le diplomate doit être encore capable d’identifier
rapidement les forces économiques en jeu, les produits qui
positionnent son pays, la valeur du marché, le milieu
financier et industriel.
Le diplomate
doit attirer aussi des investisseurs dans son pays…
Avant la fin de la Guerre froide déclare t-il, le monde
était bipolaire, cette bipolarisation avait un impact
négatif sur les mouvements des capitaux et des
investissements à travers le monde. Maintenant que le monde
devient de plus en plus unipolaire, le rôle des
ambassadeurs est de travailler pour attirer des
investisseurs dans leur pays. Il doit analyser le mécanisme
des Investissements directs étrangers (IDE), identifier les
investisseurs potentiels, mener des campagnes de promotion,
organiser des rencontres avec les différents gens d’affaires.
Une fois cette étape franchie, les investisseurs qui
viennent dans votre pays créent des emplois. Il faut enfin
que la population voie le corps diplomatique comme une
institution qui contribue au développement économique du
pays.
Pour l'ambassadeur, le concept
de négociation s’applique avec la même logique, les
mêmes règles, qu’il s’agisse d’un milieu politique,
économique, commercial ou militaire. Cela implique deux
interlocuteurs disposés à discuter selon un point de vue
divergent afin d’en arriver à une entente mutuellement
avantageuse. Donc, les négociations requièrent un nombre
important d’éléments qui sont, entre autres :
1. Le respect de l’autre
partie : il faut négocier sans préjugés, sans
jugement de valeur, sans complexe, sinon il y aura un
blocage immédiat.
2. La capacité d’écoute : Quand on se parle, cela
signifie qu’on a la capacité d’écouter ce que l’autre
a à dire.
3. Créer un climat de confiance : Cela demande de l’ouverture
d’esprit de part et d’autre. Quand on n’a pas
confiance en son vis-à-vis, on ne va nulle part. Il faut
être ouvert, transparent et se garder de mentir à son
interlocuteur.
4. Maîtriser parfaitement son dossier : il faut
connaître très bien son dossier qui, auparavant, a fait l’objet
d’une préparation minutieuse.
Concernant sa ville, qu'il’aime
beaucoup. Montréal est une ville bilingue avec des
universités bilingues, une ville cosmopolite avec une très
grande diversité culturelle. Montréal est un trait d’union
entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Elle doit
profiter de cette position stratégique pour se faire une
meilleure place tant au niveau économique que social et
culturel. Avec l’expérience que j’ai acquise en
Afrique, en Amérique latine, aux USA, en France, j’espère
pouvoir contribuer modestement à l’avancement de
Montréal, du Québec et du Canada. Actuellement,
je travaille dans l’un des meilleurs
cabinets d’avocats au pays où l’on s’intéresse de
plus en plus au volet international de la pratique du droit,
notamment en Europe et aux États-Unis, mais aussi en
Afrique, grâce à notre cabinet de Johannesburg. Ce qui
est original, voire extraordinaire, c’est que le
personnel qui travaille dans notre firme reflète, par sa
diversité d’origine, l’image actuelle et très
multiculturelle de la société canadienne.
Pour Raymond Chrétien, la
paix mondiale est possible si les dirigeants travaillent d’arrache-pied
pour créer une société juste et équitable. L’absence d’une
telle garantie ne peut que créer des conflits entre les
nations. Avec la fin de la Deuxième Guerre mondiale le
siècle passé, on a cru que la paix régnerait pour très
longtemps. Mais le 21ième siècle a commencé avec des
guerres (Bosni, Kosovo, Afghanistan, Irak, etc.) et la paix
mondiale est très gravement menacée par le
terrorisme.
Pour éviter ces guerres, qu’elles soient locales ou
régionales, il faut nécessairement accorder aux Nations
Unies un rôle important, indispensable pour le règlement
des conflits. Il faut que l’ONU ait les moyens de
gérer les crises internationales. Il faut renforcer l’ONU
pour qu’elle puisse établir une paix mondiale véritable
parce que le monde de demain ne sera stable qu’à ce prix.
J’ajoute enfin que l’ONU doit aussi s’adapter à l’évolution
du monde. De 1945 à 1989, nous avons vécu dans un monde
bipolaire. Le Conseil de sécurité a été formé sur cette
base avec les 5 membres permanents disposant du droit de
veto. De 1989 à 2004, le monde est devenu unipolaire mais
le Conseil de sécurité n’a pas changé. Ce sont toujours
les mêmes cinq membres permanents qui prennent les
décisions.
À l’avenir, il faudra que la structure décisionnelle du
conseil de sécurité des Nations Unies reflète le monde
multipolaire vers lequel nous nous dirigeons.
Le Conseil doit nécessairement se reformer et mieux
représenter non seulement les pays développés mais aussi
les grands pays en voie de développement tels l’Inde, le
Brésil et c’est à ce prix que chaque nation du monde se
sentira concernée par les décisions prises par le Conseil
de Sécurité.
BIOGRAPHIE
Ancien ambassadeur du Canada
en France, aux États-Unis, en Belgique, au Mexique et au
Congo, Raymond Chrétien oeuvre à titre de conseiller
stratégique au sein de Fasken Martineau.
Par sa vaste connaissance et
son expérience de haut niveau de la communauté d'affaires,
des organismes de financement internationaux, des milieux
gouvernementaux, et des négociations et ententes
commerciales internationales, Raymond Chrétien contribue à
approfondir l'expertise conseil du cabinet pour sa
clientèle, qu'il s'agisse d'entreprises qui font affaire au
Canada ou d'entreprises canadiennes cherchant à accroître
leurs activités aux États-Unis, en Europe, en Afrique, et
dans les pays en voie de développement.
Raymond Chrétien a quitté la
fonction publique fédérale au début de 2004 après y avoir
consacré près de 38 ans de carrière.
Dès 1966, il entre au bureau
des affaires juridiques du ministère des Affaires étrangères
et occupe plusieurs postes clés à Ottawa, notamment au
bureau du Conseil privé, au Conseil du Trésor et à l'Agence
canadienne de développement international (ACDI). À
l'étranger, il a été affecté à la Mission permanente du
Canada auprès des Nations-Unies à New York et a oeuvré aux
ambassades canadiennes à Beyrouth et à Paris.
En 1978, M. Chrétien est
nommé ambassadeur au Zaïre avec accréditation auprès du
Rwanda, du Burundi et de la République du Congo. De retour à
Ottawa, en 1981, il devient tour à tour, directeur des
politiques, Investissements et Compétitivité (1981-1982),
sous-secrétaire, Fabrication, Technologie et Transports
(1982-1983) et inspecteur général (1983-1985) au ministère
des Affaires extérieures.
En 1985, il est nommé
ambassadeur du Canada au Mexique et devient à la fin de ce
mandat, sous-secrétaire d'état associé aux Affaires
extérieures, le 2e poste en importance au Ministère. Par
après, il a été ambassadeur du Canada en Belgique et au
Luxembourg de 1991 à 1994. En janvier 1994, il est devenu
le dix-huitième représentant du Canada aux États-Unis
d'Amérique.
En octobre 1996, M. Chrétien
est nommé envoyé spécial du Secrétaire général des Nations
Unies dans la région des Grands Lacs en Afrique centrale
pour effectuer une évaluation de la crise dans cette région
et faire des recommandations sur les mesures à prendre par
l'ONU. Il a présenté son rapport et ses recommandations au
Conseil de sécurité des Nations Unies en décembre 1996.
De 2000 à 2003, M. Chrétien a
été ambassadeur du Canada en France.
Activités professionnelles
-
Président du conseil d'administration,
Centre d'études et de recherches internationales de
l'Université de Montréal (CÉRIUM)
Distinctions honorifiques
-
2003 : Raymond Chrétien reçoit de la
France la haute distinction de « Commandeur de la Légion
d'Honneur »
-
2002 : Le State University of New York
lui décerne un doctorat honoris causa en droit,
soulignant son soutien exceptionnel au Centre d'études
canadiennes de cette université
-
2001 : L'université Laval de Québec lui
remet un doctorat honoris causa en droit
-
1999 : L'université Brock lui décerne un
doctorat ès lettres (honoris causa) en
reconnaissance de sa contribution à la vie publique
canadienne et au rôle du Canada au sein de la communauté
internationale
-
1998 : Raymond Chrétien reçoit un
certificat de membre honoraire du barreau de la Cour
d'appel des États-Unis pour les forces armées
-
1989 : Il est admis à l'Ordre de l'Aigle
aztèque, la plus haute décoration du gouvernement mexicain
remise à un Canadien
Langues
-
Français
-
Anglais
-
Espagnol
LIRE ÉGALEMENT SUR LE LEADER
DIPLOMATIQUE
DU MOIS DE MAI
|