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TCHAD
Le Président Deby veut faire plus encore

Croissance de 11% en 2005
Rares sont les hommes politiques africains qui peuvent se
targuer d’avoir fait entrer leur pays sur le chemin de la paix
et du développement. Le
Président Idriss Deby est l’un de
ceux-là. Partisan du réalisme, en politique comme en économie,
il essaie d’améliorer petit à petit les conditions de vie des
Tchadiens tout en respectant les droits de chacun. Une tâche
difficile dans un pays naguère déchiré par des querelles
intestines mais qui commence à porter ses fruits. Monsieur
Deby a aimablement accepté de répondre à nos questions.
Diplomat Investissement:
Monsieur le
Président, depuis que vous êtes à la tête de l’État, le pays a
connu la stabilité sur les plans politique et social. À quoi
attribuez-vous cela ?
Président
Idriss Deby:
Avec l’avènement de
la démocratie le 1er décembre 1990, qui a mis un
terme à la dictature la plus sanglante que notre pays ait
jamais connue, notre conviction profonde était de bâtir une
société nouvelle, démocratique et résolument tournée vers
l’avenir. Depuis notre accession à la magistrature suprême,
nous avons œuvré pour que prévalent les idéaux de liberté, de
justice et de tolérance. Le dialogue a été notre préoccupation
constante, tout comme la consolidation de la paix. Nous avons
donc consacré nos forces et notre énergie à l’éclosion de
cette société nouvelle dont les graines ont été semées en
décembre 1990 et dont nous récoltons aujourd’hui les fruits.
Ce sont assurément ces acquis positifs qui constituent le
fondement de la stabilité politique et sociale que connaît
notre pays.
Quelles sont les
réformes et les orientations importantes prises pour le
développement économique et social du pays ?
Pour
remédier à la fragilité de notre base économique et sociale,
il a fallu mettre les bouchées doubles. C’est ainsi qu’au
niveau économique, des réformes ont été entreprises pour créer
des conditions optimales à une croissance durable. Les
différents programmes, avec l’appui de nos partenaires, ont
permis la restauration des grands
équilibres
macroéconomiques, le désengagement progressif de l’État du
secteur public et la responsabilisation d’un secteur privé
dynamique. L’exploitation et la commercialisation du pétrole
restent des exemples édifiants. C’est un grand défi que nous
avons relevé. Nous avons initié une loi assez originale
portant sur la gestion des revenus générés par l’exploitation
du pétrole. Et je puis vous assurer que c’est un modèle de
transparence unique en son genre. La modernisation de
l’Administration, notamment des administrations économiques et
sociales, a été réalisée. Les conditions attractives
favorables aux investissements productifs extérieurs ont été
créées. Du point de vue social, une politique de formation et
de valorisation des ressources humaines a été mise en œuvre
avec des résultats plus que probants dans la santé et
l’enseignement, afin de faire face aux besoins et demandes
nationales. Tout cela concourt effectivement au développement
durable du Tchad.
Les résultats du
référendum sur la Constitution ont montré la confiance des
Tchadiens envers ces réformes. Quelle leçon en tirez-vous ?
Le
déroulement du scrutin référendaire du 6 juin dernier, ainsi
que le résultat du vote, constituent à n’en point douter
l’expression achevée de l’attachement de notre peuple à la
démocratie et à ses valeurs. C’est aussi l’illustration
éclatante de l’adhésion massive de nos compatriotes à notre
politique. Évidemment, la principale leçon que nous tirons du
résultat de ce scrutin, c’est qu’au-delà des polémiques
personnelles que d’aucuns ont voulu substituer à l’exercice
démocratique en appelant au boycott du scrutin, la volonté
populaire s’est exprimée dans le respect de tous, dans le
respect de la liberté. Le résultat du vote est l’expression de
notre pays dans sa diversité et dans son unité.
Vous avez déclaré
que 2005 sera le début du commencement du développement du
Tchad. Qu’en est-il concrètement ?
Les
conditions propices au décollage ont été progressivement mises
en place. Depuis le début de l’année, les chantiers sont
visibles à travers le pays, que ce soit dans le domaine des
infrastructures économiques ou sociales. L’exploitation du
pétrole de Doba est une réalité. Le taux de croissance pour
2005 est de 11%.
Depuis octobre 2003,
le Tchad fait partie des pays producteurs de pétrole. Comment
allez-vous vous y prendre pour que cette nouvelle richesse
puisse vraiment profiter au pays ? Quels sont les projets
prioritaires à court, moyen et long terme ?
C’est
vrai que le Tchad est aujourd’hui un pays producteur de
pétrole. C’est une ressource supplémentaire que nous venons
d’avoir et elle nous aidera à mieux lutter contre la pauvreté.
Car chacun le sait, le Tchad fait partie des
pays les plus pauvres et les moins développés du monde. Tout
est à faire dans notre pays, tous les secteurs sont
prioritaires
et, comme vous le savez, nous avons mis en place un mécanisme
unique en son genre pour la gestion des ressources
pétrolières. Ce mécanisme, au-delà du fait qu’il prévoit la
budgétisation des revenus pétroliers et la mise en place d’un
organe de suivi et de contrôle des ressources pétrolières
indépendant du gouvernement, définit les grandes lignes de
leur utilisation afin qu’elles puissent bénéficier à tout le
pays et surtout à tous les Tchadiens. Il y a une programmation
d’utilisation de ces ressources qui sont affectées de la
manière suivante : 5% à la région productrice du pétrole, 15%
au budget général de l’État et 80 % aux secteurs prioritaires
que sont l’éducation, la santé, le développement rural et les
infrastructures. Un fonds pour les générations futures, où
sont placés 10% des ressources directes tirées du pétrole, a
aussi été créé. Les chantiers sont donc lancés au prorata des
ressources encaissées. D’autres suivront au fur et à mesure et
toucheront l’ensemble du pays.
Vous insistez
beaucoup sur l’importance de développer et de moderniser les
secteurs économiques traditionnels du pays, tels que
l’agriculture et l’élevage. Des investissements importants
sont-ils prévus ?
-
Le Tchad est certes un pays pétrolier depuis
2003, mais avant cela, il a toujours été un pays
agro-sylvo-pastoral, et il regorge des potentialités énormes
dans ce secteur. Notre vision est d’avoir une économie
diversifiée, incluant des activités pétrolières, mais qui
continue à développer ses potentialités agro-sylvo-pastorales.
Nous comptons développer ce secteur en créant un cadre propice
pour l’émergence de petites et moyennes entreprises, surtout
dans le sens de la manufacture et de la transformation de nos
produits. N’oublions pas que la population du Tchad est à 80%
rurale. Cette population vit essentiellement de l’agriculture,
de l’élevage et de la pêche. Il nous faut accorder une
importance méritée à ce secteur qui nourrit la grande majorité
des Tchadiens. Mais rendre ce secteur plus performant
nécessite des investissements importants. C’est ainsi que les
départements en charge du développement rural ont bénéficié de
près de 77 milliards de francs de crédits pour les
investissements sur un total de 311,314 milliards en 2005. En
plus de ces crédits, notre approche est d’intéresser les
privés tchadiens et étrangers à investir dans les domaines de
l’exploitation et de la transformation des produits de
l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Créer un cadre
incitatif pour motiver les privés à investir dans ce secteur
est donc l’une de nos préoccupations.
Le Tchad a eu dans le passé des
relations plutôt tumultueuses avec certains pays de la sous
région. Quel type de relations entendez-vous dynamiser avec
vos voisins et de quel rayonnement international rêvez-vous
pour le Tchad ?
Fidèle
aux idéaux de paix et de sécurité, le Tchad demeure très
attentif à tout ce qui se passe en Afrique, et plus
particulièrement dans la sous région, compte tenu de la
complémentarité de nos situations respectives. En outre,
soucieux de construire avec les pays de la sous région un
environnement politique stable et favorable au développement,
notre pays a fondé son rôle diplomatique sur trois axes
privilégiés : la non-ingérence, la concertation et la
négociation. C’est ainsi que nous avons été au cœur d’intenses
initiatives ayant abouti à l’extinction de crises
particulièrement délicates. Vous avez en mémoire par exemple
nos interventions pour la restauration de la paix civile en
République centrafricaine, au Rwanda, ou encore en RDC dans le
cadre des mandats des instances sous-régionales, continentales
et internationales. Dans nos relations avec les autres pays,
nous avons toujours privilégié la concertation et la
négociation car nous sommes convaincus que le meilleur gage du
développement et d’intégration sous-régionale effective est la
paix.
Nous
entretenons de très bonnes relations d’amitié et de
coopération avec plusieurs pays. Et le Tchad, grâce à une
diplomatie très active, fait entendre sa voix. Notre pays, à
travers sa diplomatie, fait entendre sa voix dans le concert
des nations, en usant de tous les moyens pacifiques, de
concert avec les autres nations pour développer l’entente et
la solidarité entre les peuples.
2006 sera une année
électorale au Tchad. Qu’est-ce que les Tchadiens attendent,
selon vous, de ces troisièmes élections générales depuis
l’avènement de la démocratie ?
-
Lors de toutes les élections qui se sont déroulées au Tchad,
notre peuple a démontré sa maturité, en exerçant son devoir
civique dans le calme et la dignité. Pour les élections à
venir, les Tchadiens attendent plus de responsabilité des
acteurs politiques qui doivent abandonner les mauvaises mœurs
politiques, les fausses querelles. L’intérêt général doit
prévaloir sur les égoïsmes à courte vue.
On sait tous que le Tchad regorge de ressources inexploitées.
Quel serait votre message aux investisseurs pour les
convaincre de s’impliquer dans le développement du pays ?
Les
investisseurs nationaux et étrangers sont invités à investir
au Tchad qui offre d’immenses opportunités. Le pays est
pratiquement vierge et des ressources insoupçonnées gisent
dans notre sol et notre sous-sol. Le secteur minier par
exemple est très porteur car nous avons un potentiel de très
bonne qualité qui ne demande qu’à être exploité. Le sous-sol
regorge d’importantes réserves de substances minérales
industrielles. Des millions d’hectares de terres cultivables
en jachères attendent d’être exploitées. Avec sa faune sauvage
et sa flore variée, le Tchad est aussi une destination
touristique au fort potentiel. Nous offrons des facilités
fiscales très attractives à ceux qui voudront venir partager
avec nous le rêve de faire du Tchad un pays paisible,
prospère, où il fait bon vivre.
Les pays du G8 ont récemment annoncé l’annulation de la dette
de certains pays africains. Certains disent que c’est une
bonne chose, d’autres craignent qu’on déresponsabilise ainsi
les États. Quelle est votre position sur le sujet ?
L’annulation de la dette est une bonne chose en soi et nous ne
pouvons que louer cette initiative, car le remboursement de
cette dette constitue un poids insupportable pour les
économies fragiles des pays pauvres. Cependant, à mon sens, ce
ne sont pas ces mesures qui vont permettre aux pays
sous-développés de sortir de leur état actuel. Une juste
rétribution du fruit de leur labeur ainsi qu’un partage
équitable des ressources de leur sous-sol suffiraient à
enrayer l’état d’extrême dénuement dans lequel ces pays
végètent. À cet égard, les exemples du producteur africain de
coton qui ne revendique qu’un commerce équitable et celui du
pétrole sont assez édifiants.
Quelle est votre
vision du Tchad et de l’Afrique de demain ?
Je
rêve d’une société tchadienne plus unie, plus démocratique,
plus tolérante et résolument engagée dans la voie du
développement. Je pense que les contours de cette société
tchadienne idéale se dessinent déjà. Mais la situation du
Tchad, à l’instar
des autres pays, n’est pas du tout enviable.
Cela nous amène à nous interroger sur notre destin, notre
avenir, celui de notre continent pris globalement. Comment
peut-on imaginer qu’après 45 ans d’indépendance pour la
plupart des pays africains, leurs populations croupissent
encore dans la misère ? Il n’y a pas de structures éducatives,
ni socio sanitaires, nos infrastructures de communication et
de télécommunication sont désuètes ou quasi-inexistantes. À
cela s’ajoutent des problèmes économiques qui ne font
qu’annihiler nos efforts et nous poussent au pessimisme.
Tous
les indicateurs socio-économiques sont au rouge et cela
s’explique par notre comportement en tant qu’Africains, qui
avons très mal négocié notre indépendance et les différents
programmes de développement qui ont suivi. Aujourd’hui nous
nous trouvons face à nous-mêmes avec nos difficultés et le
paradoxe qui découle de notre propre manière de gérer nos
économies. Nous ne sommes plus maîtres de nos destins quand on
voit la pression qui s’exerce sur nous. Lorsqu’il s’agit
d’écouler nos matières premières, nous ne contrôlons plus rien
et nous sommes constamment soumis aux diktats et aux
conditionnalités.
Comment se fait-il que l’Afrique soit l’une des pourvoyeuses
de matières premières et que ses habitants n’aient même pas le
minimum vital ? Comment comprendre qu’un continent si grand et
si riche ne possède même pas d’infrastructures modernes ? Il
est temps que la réflexion sur le vrai développement de
l’Afrique soit menée et cela, par les Africains eux-mêmes,
conscients de la place et du rôle que peut jouer leur
continent. Le combat pour le développement de notre continent
exige l’effort de tous les Africains.
Par
ailleurs, je rêve d’une Afrique unie, solidaire sous l’égide
de l’Union africaine avec des entités fortes sur les plans
économique, social, et politique. La pleine réalisation des
aspirations communes de nos peuples en dépend.
Le Canada jouit
d’une grande estime au Tchad et en Afrique. Avez-vous un
message particulier à l’intention des investisseurs canadiens
?
La
réalisation des grands chantiers que nous avons ouverts pour
l’accomplissement des légitimes aspirations de notre peuple au
progrès et à la prospérité requiert la conjugaison des
apports du secteur public et du secteur privé. Des
perspectives alléchantes s’offrent dans notre pays aux
investisseurs en quête d’opportunités d’investissement.
J’invite donc nos amis canadiens, désireux de nous accompagner
dans l’œuvre exaltante d’exploitation des atouts indéniables
de notre pays, de venir au Tchad et de nous accompagner dans
cette entreprise. Les facilités et les meilleures conditions
leurs seront offertes. Je souhaite vivement leur contribution
à l’essor de notre pays.
Entrevue réalisée par Jean Telé Udimba, Président Éditeur du Journal Diplomat
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