Journal de la diplomatie et des affaires

  Édition spéciale du Tchad 2005


MINISTRE DU PÉTROLE

Mieux vaut prévenir que guérir

Le boom pétrolier que connaît le Tchad soulève beaucoup d’espoirs, notamment celui de mettre enfin un terme au cycle infernal de la pauvreté. Pour Monsieur Mahamat Hassan Nasser, ministre du Pétrole, il importe que le pays tire son épingle du jeu en toute transparence.

Diplomat Investissement: quelle est la contribution présente du pétrole à l'économie tchadienne et que prévoyez-vous dans l'avenir ?

Monsieur Mahamat Hassan Nasser: Elle est très positive. En effet, depuis octobre 2003, l'économie tchadienne retrouve progressivement sa santé par des réalisations concrètes, tant dans le domaine de la réduction de la pauvreté que dans celui du développement. Avec les revenus du pétrole, le Tchad entend se désenclaver d'abord de l'intérieur en assurant une communication permanente en toutes saisons en vue de rapprocher ses différentes contrées et ensuite de l'extérieur afin de promouvoir sa coopération aussi bien régionale que sous-régionale.

Bien avant l'exploitation du pétrole, le Gouvernement a mis en place des programmes ambitieux et réalistes sous-tendus par la Loi 001 de janvier 1999 – une loi unique en son genre en Afrique – pour la gestion saine et transparente des revenus pétroliers et le bien-être de tous les Tchadiens. Il a mis un accent particulier sur les secteurs de développement appelés secteurs prioritaires tels que la santé, l'éducation, les infrastructures ou le développement rural pour ne citer que ceux-là, en vue de consolider d'abord les acquis dans le domaine de l'agriculture et de l'élevage qui furent jusqu’à tout récemment les deux mamelles de l'économie tchadienne et ensuite les développer afin de permettre aux populations tchadiennes de s'auto-suffire et d'assurer leur indépendance économique.

Certains pays producteurs de pétrole ont reçu des centaines de milliards en redevances et leur population est pourtant plus pauvre qu'elle ne l'était il y a 40 ans. Comment s’assurer que ce triste scénario ne se reproduise pas ici ?

C'est justement pour ne pas retomber dans ce syndrome dit hollandais que le gouvernement, fort de l'expérience de ces pays auxquels vous faites allusion, a promulgué la Loi 001 en vue de baliser les dérapages éventuels et annihiler certaines ambitions non cartésiennes. Nous en sommes certes à nos débuts mais nous sommes confiants dans l'avenir.

Quel est l'état des relations entre votre ministère et le Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières ?

Notre Ministère n'a pas de relations particulières ni spécifiques avec le Collège, qui agit en aval alors que le ministère du Pétrole agit en amont. Il faut souligner que le Collège est une structure indépendante ayant pour mission la vérification de conformité des dépenses des revenus pétroliers avec les directives de la loi 001/PR/99.

Les réserves connues et probables sont importantes et il se fait de plus en plus d'exploration pétrolière au Tchad. Comment êtes-vous parvenu à attirer ces entreprises d'exploration chez vous ?

Comme l'a dit à juste titre le Président de la République, le Tchad est un scandale géologique. Plus de la moitié de son territoire est constituée de bassins sédimentaires, ce qui suppose un potentiel pétrolier très important.

Par conséquent, la politique du gouvernement consiste, dans le souci de promouvoir ce secteur, à se comporter comme une vieille fille en mettant en place une législation souple et attrayante et une fiscalité alléchante ainsi qu’à désenclaver le pays par la mise en place du pipeline Tchad/Cameroun. Tel est l'élixir qui attire les entreprises pétrolières au Tchad.

II est encore trop tôt mais a-t-on une idée de l'importance des gisements pétroliers au Tchad ?

En terme de réserves récupérables, il est en effet trop tôt pour en parler, hormis des champs qui sont actuellement en exploitation. Cependant, sans risque d'un optimisme exagéré, nous pouvons affirmer que le Tchad en dispose à satiété.

Quel est le niveau d'implication des institutions financières internationales dans l'exploitation pétrolière ?

Pour l'instant, hormis les institutions de Bretton Woods et la Banque européenne d’investissement, on ne sent pas une implication substantielle des institutions financières internationales dans l'exploitation pétrolière. Mais compte tenu de la situation favorable au Tchad actuellement, nous constatons l’intérêt de plus en plus important de ces institutions pour le Tchad, même si cela ne s'est pas encore matérialisé sur le terrain.

Votre ministère entend-il favoriser la formation de techniciens tchadiens ?

La formation de techniciens, tous profils confondus, dans l'industrie pétrolière est notre leitmotiv, voire notre sacerdoce, car pour se libérer de l'expertise et de l'assistance étrangères, nous avons décidé d'être autonomes et indépendants pour mieux cerner notre secteur pétrolier.

C'est pourquoi nous cherchons une formation tous azimuts de nos techniciens et ingénieurs avec l'appui d'institutions et de pays amis. Nous avons mis en place un premier plan de formation sur cinq ans et cherchons actuellement à assurer son financement


 


 

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