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MINISTRE
D'ÉTAT, MINISTRE DE L'ÉDUCATION
NATIONALE
Un
effort soutenu pour moderniser le système de l’éducation

Professeur agrégé des universités
à la feuille de route pour le moins impressionnante,
Monsieur Avocksouma Djona jouit de l’entière confiance du Président de
la République pour faire entrer le système d’éducation
tchadien dans l’ère de la modernité. C’est avec la plus
grande franchise qu’il a accepté de répondre aux
questions de Diplomat Investissement.
Diplomat Investissement : Monsieur
le ministre d’État et ministre de l’Éducation nationale, de la
Jeunesse et des Sports, quel est le plan du gouvernement
tchadien pour favoriser l’éducation de base pour tous comme le
prévoient certaines initiatives des Nations Unies ?
Ministre d’État de l’Éducation
nationale : Pour le moment, il n’y a pas de plan général à
proprement parler. Par contre, nous en avons un concernant le
développement de l’enseignement supérieur, la recherche
scientifique et la formation professionnelle. En ce qui
concerne l’éducation de base, la situation est franchement
difficile aujourd’hui. Dans le cycle primaire, les maîtres
communautaires – qui ne sont pas formés pour cette tâche –
représentent 56 % des effectifs. Ils sont pris en charge par
la communauté, les parents d’élèves, etc. Si nous voulons
augmenter la qualité de la formation, former des élèves
capables de lire et d’écrire correctement, il faut former des
maîtres compétents.
Le deuxième problème est que tout
notre système fonctionne dans un vide juridique puisque nous
n’avons pas de loi d’orientation en enseignement.
Actuellement, deux projets de loi sont à l’étude afin
d’encadrer le monde de l’éducation, de la formation de base à
l’enseignement supérieur. Nous voulons le faire très
rapidement en soumettant ces textes au Conseil de cabinet, au
Conseil des ministres puis à l’Assemblée nationale.
Le troisième enjeu auquel je veux
m’attaquer est le bilinguisme tchadien. Le Nord parle arabe,
le Sud est francophone. Tout le monde doit savoir parler
arabe, français et aussi anglais. Notre positionnement
géographique nous oblige à agir. Nous avons 250 000 élèves au
secondaire mais seulement 200 professeurs de maths, 150
professeurs en physique, dont 60% sont à N’Djamena. Il faut
donc ravitailler les régions en professeurs. Leur formation ne
coûte pas si cher. J’ai revitalisé l’Institut des sciences de
l’éducation qui était moribond et rendu fonctionnel l’Institut
des sciences exactes et appliquées qui est à Bongor, à 240km
de la capitale. La première promotion constituée d’une
centaine de professeurs a été embauchée et cette année nous en
aurons 400, donc environ 500 en deux ans, formés en maths, en
physique, en chimie, etc. Ce personnel viendra renforcer les
40 collèges que nous avons bâtis sur l’étendue du territoire
national.
L’Institut des sciences de
l’éducation forme des professeurs dans des domaines comme les
langues, les sciences humaines, la philo, etc. Dans 3 ans, de
2000 à 3000 nouveaux enseignants viendront relever
l’enseignement aux deux niveaux de l’enseignement secondaire
(collège et lycées). Au niveau de l’enseignement de base ou
primaire, nous avons un quota de 2000 enseignants par année
payés à même les ressources nationales. Au niveau supérieur,
notre première université été créée en 1971 et n’offrait que
700 places. L’année dernière, nous avons reçu 12 000
inscriptions alors que l’on ne peut en accueillir que 4000...
Nous avons une capacité d’embauche de 1500 nouveaux bacheliers
par année, ce qui est insuffisant, nous sommes d’accord.
Nous avons mis en chantier 4
sites, plus une université virtuelle qui servira à réduire la
fracture numérique. Une nouvelle université a été créée à
Abéché. Il y a aussi l’Institut universitaire des sciences et
techniques, également à Abéché, qui forme des ingénieurs et
des techniciens supérieurs en électromécanique, en
biomédecine, en élevage, etc. À Saar, nous avons un Institut
universitaire des sciences de l’agriculture et de
l’environnement. À Moundou, un Institut des sciences et
techniques d’entreprise puis, à côté de N’Djamena, une école
qui forme des professeurs de science. À Mongo, nous avons un
Institut polytechnique qui œuvre dans la géologie, les mines,
etc. Des Instituts d’arts et métier, du pétrole, etc. existent
un peu partout. Je ne souhaite pas que ces instituts dépassent
200 étudiants chacun. Nous souhaitons aussi que l’Université
de N’Djamena soit délocalisée hors du centre-ville parce
qu’elle manque d’espace. J’ai identifié un terrain de 21 km_ à
la sortie de N’Djamena, vers Koundou. Le décret a été signé.
Sa capacité sera de 30 000 à 40 000 étudiants. Une équipe
d’architectes travaille à créer un village universitaire, on
entend bien structurer notre avenir.
L’aspect formation professionnelle
est aussi très important. Nous voulons répondre aux besoins du
secteur privé. Il faut sortir le secteur informel tchadien de
la marginalité, pour intégrer les gens au circuit économique,
car il y a aujourd’hui inadéquation entre la formation des
diplômés et le marché du travail. Cela suppose des efforts au
niveau organisationnel. Par exemple, nous avons beaucoup
d’écoles privées qui délivrent des diplômes dans l’anarchie
totale. Concernant la jeunesse et les sports, j’avoue que
j’apprends encore et que nous ne sommes pas encore prêts à
élaborer une stratégie nationale. Mais ça viendra.
Quels types de relations
souhaitez-vous avec les bailleurs de fonds étrangers ?
Pendant longtemps, on nous a dit
que l’enseignement supérieur était un luxe pour l’Afrique, que
le plus important était l’éducation de base. Moi, comme
enseignant chercheur, je suis de ceux qui n’y croyaient pas.
Tout l’argent est allé à l’école de base. Pourtant, le secteur
éducatif doit être vu dans sa globalité et donc traité
globalement. Pour l’éducation de base, nos partenaires sont
les mêmes que pour l’éducation supérieure, soit la Banque
Mondiale, le FMI, la BAD, la Banque Islamique de
Développement, etc. J’ai réussi, j’espère, à convaincre la
Banque Mondiale. Je suis allé cette année à Washington, nous
avons eu des discussions sérieuses. La Banque Mondiale appuie
44 projets en enseignement supérieur, nous espérons être le
45e. Le chef de l’Etat a confié au même ministère toutes les
responsabilités en matière d’éducation afin de créer une
synergie, une vision globale. L’engagement de former des
milliers d’instituteurs et de professeurs est franchement
salutaire. Le problème majeur se situe au niveau social. Il
faut former les gens, puis les mettre au travail. Nous avons
constamment des grèves. J’ai dit à la Banque Mondiale que
payer les bourses et les salaires est une condition de la paix
sociale. Nous sommes un pays producteur de pétrole et il faut
que les salaires et bourses soient prélevés sur ces recettes
pour avoir la paix sociale et éviter les grèves interminables.
Qu’attendez-vous du Canada ?
J’aime bien le Canada. J’y ai
étudié et travaillé, mon fils y est né. Malheureusement, le
Canada n’assure pas le suivi avec ses anciens diplômés. C’est
vraiment dommage cette rupture brutale dans le suivi de la
formation. Je souhaite vraiment plus d’ouverture et de suivi
dans la politique canadienne. L’éducation et la formation sont
au centre du développement économique, social et culturel.
Offrir un avenir à notre jeunesse l’éloigne de la délinquance,
de la criminalité. Nos amis extérieurs doivent le comprendre
et nous aider. Et sur ce chapitre, nous comptons beaucoup sur
le Canada.
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