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COLLÈGE
DE CONTRÔLE ET DE SURVEILLANCE DES RESSOURCES PÉTROLIÈRES
Une Première en Afrique

Les revenus pétroliers utilisés
pour contrer la pauvreté
Le
Tchad peut s'enorgueillir d'avoir mis en place un organisation
indépendant afin de s'assurer que les nouveaux revenus
pétroliers profitent réellement au plus grand nombre.
Monsieur Lamana Abdoulaye, Président du
du Collège de contrôle et de surveillance des
ressources pétrolières
a bien voulu répondre à nos questions
Diplomat Investissement :
Monsieur le président, pourquoi avoir mis en place un tel
organisme, une première sur le continent africain ?
Monsieur Lamana Abdoulaye:
Laissez-moi d’abord vous présenter le cadre juridique ayant
permis la création du Collège de contrôle et de surveillance
des ressources pétrolières (CCSRP), sa structure et surtout
l'objectif de la mise en place d'une telle institution. Le
Collège est un organe de contrôle indépendant, créé par la Loi
n° 001/PR/1999 du 11 janvier 1999 et modifiée par celle
n° 016/PR/2000 du 18 août 2000. L'objectif principal
ayant conduit à la création du Collège est l'assurance voulue
par le gouvernement que les revenus pétroliers du Tchad soient
utilisés pour la lutte contre la pauvreté. À ce titre, le
CCSRP veille à ce que les revenus du pétrole issus de
l'exploitation des trois champs de Komé, Miandoum et Bolobo, à
savoir les recettes directes (dividendes et redevances),
soient utilisées prioritairement pour financer des
investissements dans le cadre des projets programmés par les
ministères dits prioritaires. Les recettes indirectes (impôts,
taxes et droits de douanes) sont versées au budget de
fonctionnement de l'Etat.
En
effet, la Loi n° 001/PR/1999 du Il janvier 1999 définit
les modalités de gestion de ces revenus pétroliers qui sont
affectés d'une part, pour le compte des générations futures,
et d'autre part aux ministères dits prioritaires tels que le
Ministère de la Santé publique; le Ministère de l'Education
nationale; le Ministère de l'Enseignement supérieur, de la
Recherche scientifique et de la Formation professionnelle; le
Ministère des Travaux publics et des Transports; celui de
l'Agriculture; celui de l'Aménagement du territoire, de
l'Urbanisme et de l'Habitat; le Ministère de l'Elevage; le
Ministère de l'Environnement et de l'Eau; le Ministère de
l'Action sociale et de la Famille, le Ministère des Mines et
de l'Energie. Après prélèvement du montant des échéances dues
de la dette du projet de pipeline, la répartition des
ressources pétrolières se fait comme suit: a) 10% des
ressources directes sont déposées et investies dans les
meilleurs délais au profit des générations futures dans des
instruments de placement à long terme auprès d'une institution
financière internationale, conformément à la réglementation de
la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC) ; b) 90% des
ressources directes sont versées sur des comptes spéciaux du
Trésor logés dans deux banques commerciales de la place; c)
Les ressources indirectes (impôts, taxes et droits de douanes)
sont déposées directement dans les comptes du Trésor public.
Ensuite, l'affectation des ressources directes constituées par
les redevances et les dividendes déposées sur les comptes
spéciaux aux ministères prioritaires est faite de la manière
suivante: a) 80% des redevances et 85% des dividendes sont
destinés aux dépenses relatives aux secteurs prioritaires
énumérés à l'alinéa 2 de l'article 7 de la Loi n°
001/PR/1999 modifiée par la Loi n° 016/PR/2000. Ces
dépenses viennent s'ajouter aux dépenses inscrites au budget
de l'Etat pour l'année. 5% des redevances sont destinées aux
collectivités décentralisées de la région productrice de
pétrole conformément aux dispositions de l'article 212 de la
constitution du Tchad. Ces ressources, qui s'ajoutent à celles
visées à l'alinéa ci-dessus, sont destinées aux dépenses de
réduction de la pauvreté dans la région productrice de
pétrole. c) Jusqu'au 31 décembre 2007 inclusivement, 15% des
redevances et des dividendes peuvent servir à financer des
dépenses de fonctionnement à caractère général. Après le 31
décembre 2007, cette proportion servira à financer les
dépenses dans les secteurs prioritaires énumérés à l'alinéa 2
de l'article 7 de la Loi N°OOI/PR/1999, modifiée par la Loi n°
O16/PR/2000.
Par
ailleurs, la mission du CCSRP consiste à vérifier la
conformité des engagements sur les comptes spéciaux avec la
loi des finances ainsi qu’autoriser et contrôler les
décaissements des comptes spéciaux et l'affectation des fonds.
Ainsi, les ressources pétrolières issues de l'exploitation du
pétrole de Komé, Miandoum et Bolobo sont budgétisées. Les
engagements et les décaissements sont effectués conformément
aux procédures des finances publiques et soumis à
l'approbation préalable du CCSRP.
Comment est composé le Collège,
au juste ?
Pour
assurer une bonne transparence dans la surveillance et le
contrôle de l'utilisation des ressources, les membres du
Collège sont issus de différentes institutions. On compte
ainsi un représentant des ong de développement; un
représentant de la Cour suprême, deux représentants du
parlement; le Directeur national de la Banque des Etats de
l'Afrique Centrale (BEAC), le Directeur général du Trésor; un
représentant du Collectif des associations de défense des
droits de l'Homme, un représentant des Confessions religieuses
et un représentant de l'Union des syndicats du Tchad. Ils sont
assistés dans leur travail d'analyse et de décision par un
staff technique composé d’un spécialiste en passation de
marchés publics; un chargé de suivi en procédures budgétaires,
un gestionnaire comptable et un macro économiste. Ce personnel
assure le travail technique permettant aux membres du Collège
de donner leur avis sur les dossiers qui leur sont soumis pour
approbation par les ministères prioritaires par
l'intermédiaire du Contrôleur Financier et en fonction du
budget de l'Etat. Il ne participe pas à la prise de décision
qui est du ressort exclusif du Collège. Les décisions sont
prises collégialement et cela engage la responsabilité
collective de tous les membres, dont chacun est responsable
d'un ministère prioritaire. Les membres sont responsables des
actes qu'ils posent individuellement dans l'exercice de leur
fonction.
Le
Décret n° 240/PR/MEF/O3 portant organisation, fonctionnement
et conditions du contrôle et de surveillance du Collège
définit clairement les modalités d'interventions du CCSRP à
chacune des étapes de la préparation et de l'exécution du
Budget Général de l'Etat, particulièrement le chapitre
concernant les ressources pétrolières. Selon les dispositions
de l'article 26 du Décret n° 240/PR/MEF/O3, le Collège reçoit
la lettre de cadrage du ministère de l'Économie et des
Finances et les avant-projets de budget et budget programmes
à moyen terme des Ministères prioritaires, accompagné d'un
rapport de chaque ministère sur le suivi et les niveaux
d'indicateurs inscrits dans les budgets de programme de
l'année précédente. Le Collège participe aux discutions
budgétaires relatives aux ministères prioritaires et reçoit le
projet de budget du ministère de l'économie et des finances
dix jours avant sa discussion au Conseil des Ministres. Il
s'assure si les montants alloués sont conformes à la stratégie
de réduction de la pauvreté. En cas d'incohérence, le Collège
fait des observations qu'il transmet avant l'adoption du
projet du budget au gouvernement. Il reçoit aussi le projet de
budget dès son approbation par le Conseil des ministres pour
s'informer des changements éventuels avant qu'il soit envoyé à
l'Assemblée nationale avec ses observations.
Au
niveau de l'exécution du budget, les projets d'appel d'offres
sont soumis aux éventuelles observations du Collège auquel
sont communiqués les résultats d'ouverture des plis. Les
projets sont établis conformément au plan annuel de passation
de marchés élaboré par lesdits ministères. Le Collège reçoit
de la Direction générale des marchés publics l'ensemble des
documents afférents à l'attribution des marchés et s'assure du
respect des procédures de passation et d'exécution des marchés
publics, notamment que les appels d'offre soient ouverts et
que le dépouillement et l'attribution se passent dans des
conditions de transparence absolue. À cet effet, le Collège
reçoit les rapports de la sous-commission technique concernant
l'évaluation des offres et celui de la Commission d'appel à la
concurrence sur l'attribution des marchés. Il s'assure que les
règles en vigueur ont toutes été respectées et sont en
conformité avec le code des marchés publics.
Le
Collège a cinq jours francs pour donner son avis sur les
engagements et les décaissements. Passé ce délai, l'accord du
collège est sensé acquis. En cas de désaccord avec les
services en charge de l'exécution de la dépense sur une
autorisation de paiement, la décision est soumise à
l'arbitrage final de la Cour suprême.
Quel est le lien entre le
Collège et le ministère du Pétrole ?
Dans
son rôle de contrôle et de surveillance décrit à l'article 22
du Décret n° 240/PR/MEF/O3, le CCSRP vérifie la
mobilisation des revenus pétroliers directs et des revenus
pétroliers indirects. Pour ce faire, il a établi une relation
de travail permanente avec le ministère en charge des affaires
pétrolières. Les données sur les quantités vendues, les prix
de vente du pétrole brut tchadien, le coût de transport, la
décote ainsi que les redevances correspondantes sont
transmises au Collège régulièrement lorsqu'elles sont
disponibles.
Quelles sont les relations
entre le Collège et les institutions financières
internationales ?
La
Banque Mondiale est très impliquée dans le projet pétrole de
Doba et, de ce fait, des contacts fréquents sont organisés
avec les membres du Collège pour échanger des points de vue
sur différents sujets. Bien que moins fréquents, les mêmes
contacts ont lieu avec le Fonds Monétaire International (FMI).
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