Journal de la diplomatie et des affaires

  Édition spéciale du Tchad 2005


CHAMBRE DU COMMERCE, D'INDUSTRIE ET D'ARTISANAT DU TCHAD
Au service des opérateurs économiques

Les 10 000 membres de la Chambre de Commerce, d’Industrie, d'Agriculture, des Mines et d’Artisanat du Tchad ont décidé de prendre le taureau par les cornes et de s’attaquer résolument au développement. Ce dynamisme nouveau est dû en partie à leur président, Monsieur Ali Abbas Seitchi qui, comme nos lecteurs pourront le constater, n’a décidément pas la langue dans sa poche.

Diplomat Investissement : Quelles sont les principales activités de la Chambre de Commerce?

Monsieur Ali Abbas Seitchi: La Chambre s'occupe évidemment du commerce mais aussi de l'art, de l'industrie et même de l'agriculture, incluant la pêche, l'élevage et la foresterie. C'est un organe public à gestion privée. Elle a une administration permanente dont un directeur général nommé par le président, qui est lui-même élu par le bureau de l'Assemblée générale qui compte 99 membres.

Les 12 membres élus gèrent la Chambre pendant deux années renouvelables. Après quatre ans, il y a un renouvellement complet des élus. Le bureau est donc une sorte de parlement. Le bureau et l'Assemblée générale sont une sorte d'interface entre le gouvernement et le secteur privé, et aussi entre le secteur privé et les bailleurs de fonds internationaux. Ce rôle d'interface consiste à donner des avis aux autorités, avis qui proviennent d'un travail collégial au sein de la Chambre de commerce et qui servent de matière d'analyse au gouvernement.

Nous touchons toutes les activités. Les États fragiles d'Afrique ont besoin de l'excellence des avis et expertises de la Chambre parce que beaucoup de nos administrateurs n'ont pas la compétence et l'indépendance pour résister. L'avantage du secteur privé africain, c'est qu'il évolue selon les mêmes critères de performance qu'en Occident. La Chambre de commerce et le patronat se posent également en interlocuteurs aussi valables que l'État dans la mesure où les informations que nous communiquons sont fiables, fondées sur le réalisme, indépendants de l'État providence. Je note que, souvent, les chambres de commerce en Afrique n'ont pas encore compris la mesure de leur capacité d'influence. Pour revenir au fonctionnement, les catégories de membres que nous avons sont les PME/PMI qui cherchent des conseils, veulent des séminaires et des formations portant notamment sur l'accès au crédit, puis les grosses industries et les filiales des multinationales qui veulent surtout de l'aide pour leurs sous-traitants tchadiens – elles veulent des PME de qualité qui les aident bien dans leur travail – et enfin les relations avec les bailleurs du gouvernement auxquels nous donnons des conseils éclairés. Avec le temps, la Chambre ne veut plus se contenter d'émettre des avis, elle veut être considérée comme un interlocuteur incontournable. Nous avons des économistes, des juristes, des planificateurs capables d'aider au développement, à l'amélioration de la production et de la qualité.

L'État, c'est nous tous. Il faut arrêter de croire que l'État s'arrête au président, aux ministres et directeurs généraux. Il faut également cesser de croire que le diplôme est synonyme de compétence. Nous devons également rajuster les grilles salariales de la fonction publique afin de retenir nos meilleurs élément. Pour l'instant, la Chambre connaît des soubresauts. Il y a eu des premières élections en 1996. En principe, les deuxièmes devaient se tenir en 2000 mais n'ont pu se faire. Moi, j'ai été nommé avec une équipe de 50 personnes pour réactiver le processus qui est maintenant presque terminé.

Le recensement est fait (10 000 membres cotisants de gré ou de fait), puis les affichages seront faits. Je pense que les futurs dirigeants de la Chambre qui sortiront des élections doivent comprendre que ce n'est pas un royaume ou un sultanat qu'ils ont en main mais un bien collectif. Chacun doit venir avec un apport sérieux. Il ne suffit pas d'avoir des milliards, il faut être capable d'altruisme, de modestie et de souci du bien collectif.

Comment aidez-vous les membres?

Nous sommes une passerelle que l'État doit utiliser afin de soutenir le secteur privé. Mais, de nos jours, l'État lui-même a tellement de problèmes de fonctionnement qu'il ne peut assumer ce rôle. La Chambre aide à la formation continue des cadres des grandes entreprises. Par des séminaires courts, nous apprenons à nos membres les manières de tenir une comptabilité (journal des ventes, d'achat, etc.) pouvant permettre à un professionnel de se retrouver ou au propriétaire de faire état de son prix de revient, de ses bénéfices, des impôts à payer, etc. Nous les aidons à monter des dossiers bancaires ou à trouver des partenaires extérieurs. À la longue, nous souhaitons imposer des frais à nos membres pour sortir de la logique de gratuité qui souvent signifie sans importance.

Quel appui recevez-vous des bailleurs de fonds ?

En ce moment, il est très faible par la faute de la Chambre elle-même qui n'a pu ou su s'imposer. Pour l'avenir, j'ose espérer que les élections en cours accouchent d'une AG de qualité et d'un bureau d'excellence pour se rattraper. Avec les meilleurs bailleurs de fonds, il s'agit toujours d'appui institutionnel. Actuellement, nous avons un projet de la Chambre financé par la Société financière internationale, une filiale de la Banque mondiale. Il s'appelle Centre de développement économique et vise à renforcer la capacité des entrepreneurs. Je pense que nous devons accompagner plus les PME et les PMI.

L'avantage ici, c'est que le gouvernement est très ouvert et très favorable au secteur privé, même si cela déplait à certains. Il faut en profiter pour arriver à une synergie concourant au même but, au lieu de se disperser dans tous les sens. 

Quels sont les principaux problèmes et besoins spécifiques de la Chambre ?

Mettre la charrue avant les boeufs est devenu une habitude… Quand on cherche du financement, il faut d'abord monter un dossier solide, c'est incontournable. Avant de chercher de l'aide, faire d'abord ses devoirs est nécessaire. Je crois que les dirigeants africains doivent sérieusement réfléchir au fait que nous n'attirons que 2% des investissements étrangers et ce n'est pas parce que nous sommes pauvres ! Ce pourcentage est une honte et il y a un examen de conscience à faire. Les conditions élémentaires de crédibilité pour attirer des financements et des investissements sont: l'environnement juridique, les infrastructures élémentaires à la bonne gouvernance dans la gestion des fonds publics.

En général, nous dilapidons des milliards dans des choses qui n'ont aucun impact économique : mariages, baptêmes, décès, achats de cellulaires… Il faut utiliser l'argent de manière rationnelle et intelligente. Un État crédible et stable rassure les investisseurs étrangers mais un État mal géré, miné par l'insécurité fait fuir tout le monde, y compris les nationaux.

Au Tchad, nous nous acheminons vers plus de sécurité et de paix mais, en général, c'est une dynamique de paix globale, à l'échelle africaine qu'il faut. Pouvoir et opposition doivent travailler ensemble sur des questions relatives à la paix sociale, à l'environnement juridique, à la sécurité générale ou à la lutte contre la corruption. Je pense que collaborer (gouvernement, opposition) est un facteur de crédibilité. Il y a un fonctionnement basique de l'État qui doit être dissocié de la politique.

Depuis deux décennies, l'Afrique a prouvé que l'aide qu'elle reçoit n'est pas utilisée à bon escient, cela a jeté le discrédit sur tout le continent. Il faut récompenser les meilleurs et sanctionner les incompétents, sinon nous perdrons la dernière parcelle de respect qui nous reste. Les Africains doivent parler à l'opinion publique occidentale dans une conversation directe afin d'évoluer et de changer l'image négative de l'Afrique.


 

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