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CHAMBRE
DU COMMERCE, D'INDUSTRIE ET D'ARTISANAT DU TCHAD
Au
service des opérateurs économiques

Les 10 000
membres de la Chambre de Commerce, d’Industrie, d'Agriculture,
des Mines et d’Artisanat du Tchad ont décidé de prendre le
taureau par les cornes et de s’attaquer résolument au
développement. Ce dynamisme nouveau est dû en partie à leur
président, Monsieur Ali Abbas Seitchi qui, comme nos lecteurs
pourront le constater, n’a décidément pas la langue dans sa
poche.
Diplomat Investissement : Quelles sont les
principales activités de la Chambre de Commerce?
Monsieur Ali Abbas Seitchi:
La Chambre s'occupe évidemment du commerce mais aussi de l'art,
de l'industrie et même de l'agriculture, incluant la pêche,
l'élevage et la foresterie. C'est un organe public à gestion
privée. Elle a une administration permanente dont un directeur
général nommé par le président, qui est lui-même élu par le
bureau de l'Assemblée générale qui compte 99 membres.
Les 12 membres
élus gèrent la Chambre pendant deux années renouvelables.
Après quatre ans, il y a un renouvellement complet des élus.
Le bureau est donc une sorte de parlement. Le bureau et
l'Assemblée générale sont une sorte d'interface entre le
gouvernement et le secteur privé, et aussi entre le secteur
privé et les bailleurs de fonds internationaux. Ce rôle
d'interface consiste à donner des avis aux autorités, avis qui
proviennent d'un travail collégial au sein de la Chambre de
commerce et qui servent de matière d'analyse au gouvernement.
Nous touchons
toutes les activités. Les États fragiles d'Afrique ont besoin
de l'excellence des avis et expertises de la Chambre parce que
beaucoup de nos administrateurs n'ont pas la compétence et
l'indépendance pour résister. L'avantage du secteur privé
africain, c'est qu'il évolue selon les mêmes critères de
performance qu'en Occident. La Chambre de commerce et le
patronat se posent également en interlocuteurs aussi valables
que l'État dans la mesure où les informations que nous
communiquons sont fiables, fondées sur le réalisme,
indépendants de l'État providence. Je note que, souvent, les
chambres de commerce en Afrique n'ont pas encore compris la
mesure de leur capacité d'influence. Pour revenir au
fonctionnement, les catégories de membres que nous avons sont
les PME/PMI qui cherchent des conseils, veulent des séminaires
et des formations portant notamment sur l'accès au crédit,
puis les grosses industries et les filiales des
multinationales qui veulent surtout de l'aide pour leurs
sous-traitants tchadiens – elles veulent des PME de qualité
qui les aident bien dans leur travail – et enfin les relations
avec les bailleurs du gouvernement auxquels nous donnons des
conseils éclairés. Avec le temps, la Chambre ne veut plus se
contenter d'émettre des avis, elle veut être considérée comme
un interlocuteur incontournable. Nous avons des économistes,
des juristes, des planificateurs capables d'aider au
développement, à l'amélioration de la production et de la
qualité.
L'État, c'est
nous tous. Il faut arrêter de croire que l'État s'arrête au
président, aux ministres et directeurs généraux. Il faut
également cesser de croire que le diplôme est synonyme de
compétence. Nous devons également rajuster les grilles
salariales de la fonction publique afin de retenir nos
meilleurs élément. Pour l'instant, la Chambre connaît des
soubresauts. Il y a eu des premières élections en 1996. En
principe, les deuxièmes devaient se tenir en 2000 mais n'ont
pu se faire. Moi, j'ai été nommé avec une équipe de 50
personnes pour réactiver le processus qui est maintenant
presque terminé.
Le recensement
est fait (10 000 membres cotisants de gré ou de fait), puis
les affichages seront faits. Je pense que les futurs
dirigeants de la Chambre qui sortiront des élections doivent
comprendre que ce n'est pas un royaume ou un sultanat qu'ils
ont en main mais un bien collectif. Chacun doit venir avec un
apport sérieux. Il ne suffit pas d'avoir des milliards, il
faut être capable d'altruisme, de modestie et de souci du bien
collectif.
Comment aidez-vous les membres?
Nous sommes une
passerelle que l'État doit utiliser afin de soutenir le
secteur privé. Mais, de nos jours, l'État lui-même a tellement
de problèmes de fonctionnement qu'il ne peut assumer ce rôle.
La Chambre aide à la formation continue des cadres des grandes
entreprises. Par des séminaires courts, nous apprenons à nos
membres les manières de tenir une comptabilité (journal des
ventes, d'achat, etc.) pouvant permettre à un professionnel de
se retrouver ou au propriétaire de faire état de son prix de
revient, de ses bénéfices, des impôts à payer, etc. Nous les
aidons à monter des dossiers bancaires ou à trouver des
partenaires extérieurs. À la longue, nous souhaitons imposer
des frais à nos membres pour sortir de la logique de gratuité
qui souvent signifie sans importance.
Quel appui recevez-vous des bailleurs de
fonds ?
En ce moment,
il est très faible par la faute de la Chambre elle-même qui
n'a pu ou su s'imposer. Pour l'avenir, j'ose espérer que les
élections en cours accouchent d'une AG de qualité et d'un
bureau d'excellence pour se rattraper. Avec les meilleurs
bailleurs de fonds, il s'agit toujours d'appui institutionnel.
Actuellement, nous avons un projet de la Chambre financé par
la Société financière internationale, une filiale de la Banque
mondiale. Il s'appelle Centre de développement économique et
vise à renforcer la capacité des entrepreneurs. Je pense que
nous devons accompagner plus les PME et les PMI.
L'avantage ici,
c'est que le gouvernement est très ouvert et très favorable au
secteur privé, même si cela déplait à certains. Il faut en
profiter pour arriver à une synergie concourant au même but,
au lieu de se disperser dans tous les sens.
Quels sont les principaux problèmes et
besoins spécifiques de la Chambre ?
Mettre la
charrue avant les boeufs est devenu une habitude… Quand on
cherche du financement, il faut d'abord monter un dossier
solide, c'est incontournable. Avant de chercher de l'aide,
faire d'abord ses devoirs est nécessaire. Je crois que les
dirigeants africains doivent sérieusement réfléchir au fait
que nous n'attirons que 2% des investissements étrangers et ce
n'est pas parce que nous sommes pauvres ! Ce pourcentage est
une honte et il y a un examen de conscience à faire. Les
conditions élémentaires de crédibilité pour attirer des
financements et des investissements sont: l'environnement
juridique, les infrastructures élémentaires à la bonne
gouvernance dans la gestion des fonds publics.
En général,
nous dilapidons des milliards dans des choses qui n'ont aucun
impact économique : mariages, baptêmes, décès, achats de
cellulaires… Il faut utiliser l'argent de manière rationnelle
et intelligente. Un État crédible et stable rassure les
investisseurs étrangers mais un État mal géré, miné par
l'insécurité fait fuir tout le monde, y compris les nationaux.
Au Tchad, nous
nous acheminons vers plus de sécurité et de paix mais, en
général, c'est une dynamique de paix globale, à l'échelle
africaine qu'il faut. Pouvoir et opposition doivent travailler
ensemble sur des questions relatives à la paix sociale, à
l'environnement juridique, à la sécurité générale ou à la
lutte contre la corruption. Je pense que collaborer (gouvernement,
opposition) est un facteur de crédibilité. Il y a un
fonctionnement basique de l'État qui doit être dissocié de la
politique.
Depuis deux décennies, l'Afrique a
prouvé que l'aide qu'elle reçoit n'est pas utilisée à bon
escient, cela a jeté le discrédit sur tout le continent. Il
faut récompenser les meilleurs et sanctionner les incompétents,
sinon nous perdrons la dernière parcelle de respect qui nous
reste. Les Africains doivent parler à l'opinion publique
occidentale dans une conversation directe afin d'évoluer et de
changer l'image négative de
l'Afrique.
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