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Journal
en cours
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Mars-Avril
2005
Georges
Soros ou le capitalisme menacé
En
février 1997, le financier
multimilliardaire et philanthrope, George
Soros publiait dans le magazine américain
The
Atlantic Monthly un exposé où
il tentait de démontrer que le
capitalisme qui repose sur l'idéologie
totalitaire représentée par la "loi
du marché" est un capitalisme appelé
à disparaître.
Le capitalisme du laissez-faire ne veut
rien savoir de l'intervention de l'État,
aussi minimale soit-elle, et ne croit que
dans les forces du marché pour réguler
les distorsions et maintenir l'équilibre.
Or, George Soros n'y croit pas tout en
sachant que personne n'a la vérité des
choses. Il craint pour le capitalisme
alors que tout semble se dérégler,
notamment dans les nouveaux pays émergents,
identifiés comme l'avenir du capitalisme,
la Russie et les tigres de l'Orient. Et récemment,
George Soros est revenu à la charge,
cette fois devant la Commission bancaire
de la Chambre des représentants américaine.
Qui
est George Soros ?
Tout de go, disons que George Soros connaît
bien les rouages du capitalisme. Grand spéculateur
- il s'est fait connaître en spéculant
sur la livre britannique et plus récemment,
les milieux financiers le pointaient du
doigt dans la débâcle de la monnaie
malaisienne - George Soros gère plusieurs
milliards de dollars à travers le Soros
Fund Management. Né en Hongrie en 1930,
George Soros émigre en Angleterre. Il
termine ses études à la London School of
Economics puis se tourne vers les États-Unis
où il devient un as du placement et y
accumule sa fortune.
George Soros se dit influencé dans sa
pensée par le philosophe Karl Popper dont
il retient le concept de l'"open
society" qui favorise le débat des
idées et un rôle important des
institutions. Sa fortune, George Soros
l'utilise pour financer une multitude
d'oeuvres de bienfaisance, de programmes
humanitaires et de fondations qui sont
actives dans près de 31 pays. C'est aussi
un auteur et un conférencier et il aime
bien se mêler de la chose publique.
D'où cette intervention
devant la Chambre des représentants américaine
qui lui a permis de présenter sa vision
des dangers qui menacent le capitalisme.
Ils se manifestent, à son avis, de trois
manières :
D'abord, la crise en Russie a mis au grand
jour les faiblesses du système financier
international et notamment du système
bancaire. Les risques de faillite de
banques sont ainsi croissants notamment
parce que les banques utilisent des
produit financiers (comme les produits dérivés)
difficiles à contrôler en période
d'instabilité. Le risque est grand d'une
contraction du crédit susceptible de
faire mal à l'ensemble des économies des
pays industrialisés.
Ensuite, plusieurs pays quittent l'orbite
du système capitaliste : il cite l'Indonésie,
la Malaisie et la Russie de même, dans
une moindre mesure certes, Hong Kong,
autrefois le fleuron financier de l'Asie.
Les investisseurs et les financiers
quittent ces pays quand ils le
peuvent...ce qui n'est pas toujours le cas
surtout lorsque les autorités
gouvernementales décident de bloquer les
fonds, une catastrophe pour quelqu'un
comme George Soros.
Enfin, il y a l'incapacité du Fonds monétaire
international à régler la crise et à
intervenir de façon efficace. George
Soros en appelle à une intervention
internationale musclée supportée par les
pays industrialisés les plus aptes et les
plus capables d'enrayer cette spirale qui
peut mener, selon lui, à la désintégration
du capitalisme. Le capitalisme est menacé
par l'indiscipline des marchés et il faut
une intervention des États pour enrayer
la crise : c'est une question d'intérêt
public.
La crise en Russie aurait fait perdre à
George Soros quelque 4 milliards de
dollars sur les 21 milliards et demi que gère
l'homme, selon le journal Le Monde.
D'autre part, la correction subie par les
marchés boursiers ces dernières semaines
a fait perdre - sur le papier espérons-le
- des milliers de dollars à de petits et
moyens investisseurs qui ont envahi cette
dernière année le marché boursier,
anxieux de faire profiter leur pécule de
rentes à l'aube d'une pré-retraite ou
d'une retraite qui s'annonçait heureuse
et prospère.
George Soros prône à un niveau national
et international une intervention
rigoureuse des institutions en place.
Qu'en est-il du petit actionnaire ou de
l'investisseur institutionnel ? N'a-t-il
pas aussi un rôle à jouer dans la
gouverne des entreprises dans lesquelles
il investit ?
Cette question est au coeur d'une tendance
qui se dessine de plus en plus fermement
à l'aube du XXIe siècle : le
gouvernement d'entreprise qu'on pourrait définir
comme "le processus utilisé par les
actionnaires pour se faire représenter et
faire valoir efficacement leurs intérêts"
(Revue Gestion, Numéro spécial Le
gouvernement d'entreprise, Volume 23
numéro 3, automne 1998).
Les petits et moyens investisseurs ont
plutôt tendance à se délester de leurs
obligations et responsabilités entre les
mains des gestionnaires de fonds communs
de placement. Le temps n'est plus loin où
"l'analphabétisme financier"
des investisseurs ne sera plus de mise et
où il faudra bien qu'ils se prennent en
main. "Une bonne régie d'entreprise
sert indéniablement l'intérêt
public" écrivent les éditeurs du
numéro spécial de Gestion à l'ère de
la mondialisation croissante du commerce
et des changements rapides en matière de
technologies de l'information.
Tout comme George Soros demande des
comptes à la communauté internationale,
les actionnaires - petits ou grands -
devront bientôt faire valoir leurs
revendications légitimes et accepter de
devenir des acteurs plutôt que des
observateurs passifs de la scène économique.
La survie du capitalisme est peut-être à
cette condition.
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