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Afrique
Va-t-on vers la fin des douleurs de
croissance?
L'ultime
frontière en matière de développement.
La
communauté internationale a fait de 2005
l'année de l'Afrique. De nombreuses réunions,
à très haut niveau, auront lieu cette
année, avec pour thème les contraintes
et opportunités en Afrique.
Les problèmes à résoudre sont multiples
: il s'agit d'endiguer les pandémies du
VIH/SIDA et du paludisme, de trouver des
solutions aux conflits, de maîtriser la
corruption, de relancer la croissance, de
reconstruire les infrastructures et de
remettre à niveau la santé et l'éducation.
Et en Afrique, il faut tous les attaquer
de front !
Comme le dit Gobind Nankani, Vice président
de la Banque mondiale pour la région de
l'Afrique sub-saharienne, « Cette année
est vraiment cruciale pour l'Afrique, en
termes simples : ça passe ou ça casse.
»
Créer des opportunités va requérir des
actions à la fois des leaders africains
et de leurs partenaires internationaux. Au
cours des deux dernières années, l'aide
à l'Afrique n'a connu aucune croissance.
Les barrières, qui font obstacle aux
exportations africaines vers les pays
riches, restent difficiles à démanteler.
Comme ne fait que le recommander la Banque
mondiale, l'Afrique sub-saharienne a
besoin de plus d'aide et d'un meilleur accès
aux marchés internationaux, en
particulier aux marchés agricoles où les
denrées africaines seraient parfaitement
capables de soutenir la concurrence
d'autres producteurs, si les pays riches
acceptaient de diminuer les subventions
qu'ils accordent à leurs exploitants
agricoles.
Au-delà de ces problèmes, des signes
encourageants commencent à apparaître.
De plus en plus, on voit des africains
prendre en main leur développement.
Pleins feux sur
les réussites dans la région
L'Afrique sub-saharienne compte 37 pays.
Elle est d'une très grande diversité, et
il ne faudrait en aucun cas que les échecs
portent ombrage aux réussites, comme on
le voit trop souvent.
« Les récents événements du Togo ne
devraient pas diminuer l'importance des événements,
comme la paix en Sierra Léone ou en
Angola, la croissance que connaît la
Tanzanie, ou le boum du logement au Ghana,
» dit M. Nankani, qui souligne
quelques-uns des récents progrès. La région,
qui autrefois souffrait d'une inflation
galopante, a vu revenir un peu partout la
stabilité macro-économique.
Les pays africains ont démontré qu'ils
peuvent produire à des niveaux
internationaux et soutenir la concurrence
sur tous les marchés.
L'ile Maurice a réussi à exporter des
crevettes. Des fleurs du Kenya sont
vendues sur les marchés londoniens,
tandis que les légumes du Sénégal se
trouvent dans les grandes épiceries
parisiennes.
Quinze pays, dont l'Ouganda, l'Éthiopie
et le Burkina Faso, ont connu une
croissance moyenne qui a dépassé 5% par
an depuis le milieu des années 1990.
L'investissement direct est en
augmentation. L'année passée, il a
atteint 8,5 milliards de dollars EU contre
7,8 milliards l'année précédente.
L'Afrique du Sud est devenue un
investisseur majeur sur l'ensemble de
l'Afrique sub-saharienne, tandis que la
Chine entraîne le reste de l'Asie à
s'intéresser à l'Afrique.
Tout ceci est encourageant, mais l'Afrique
n'est pas encore au bout de ses peines. Il
faut maintenant que la croissance s'accélère,
qu'elle soit soutenable, et qu'elle
apporte ses bénéfices à tout le monde,
y compris les pauvres, les femmes, les
jeunes, et les habitants des zones rurales
reculées.
« Nous avons connu, par le passé, des épisodes
de croissance qui n'ont pas duré, et qui
n'ont pas eu de répercussions sur toutes
les couches de la société, » explique
M. Nankani. Bien qu'un tiers des pays
africains aient enregistré une croissance
de 5%, ce taux est à peine suffisant pour
permettre aux pays de garder la tête hors
de l'eau et maintenir le nombre de
personnes pauvres au même niveau. Pour
que la région sorte de la pauvreté, il
faut que la croissance atteigne au moins
7%.
Les africains
prennent les commandes de leur développement
Une nouvelle génération de leaders
africains, issus d'organismes comme le
Nouveau partenariat pour le développement
de l'Afrique (NEPAD),
l'Union
africaine et autres
organisations sous-régionales comme la
Communauté de l'Afrique de l'Est, sont en
train de prendre en main le développement
du continent.
« Les progrès sont importants. Nous
voyons les africains travailler ensemble
pour réduire les conflits, intégrer
leurs économies, et accélérer le progrès,
» dit M. Nankani.
Les gouvernements africains élaborent
eux-mêmes des stratégies
de réduction de la pauvreté (a), qui, plus proches des réalités nationales, répondent mieux aux
besoins du pays.
« L'avenir de la région dépend d'un
partenariat global dans lequel les
partenaires internationaux du continent
apporteront leur soutien à des stratégies
de développement véritablement
nationales, » dit M. Nankani. Et il faut
tenir les promesses qui ont été faites.
« Les flux d'aide aux pays africains
n'ont connu aucune croissance, malgré les
Objectifs
de développement pour le millénaire
(a) (les cibles internationales à atteindre pour 2015), les réformes de
politique nationales, et une attention à
l'échelle mondiale », ajoute M. Nankani.
Le monde a
aujourd'hui les yeux tournés vers
l'Afrique
L'aide étrangère a fait partie intégrante
du passé africain, et elle reste
essentielle pour l'avenir du continent.
C'est ce que dit Phyllis R. Pomerantz,
responsable en chef du Développement des
connaissances à la Banque mondiale, dans
son dernier rapport « Aid
Effectiveness in Africa » (a).
Et les donateurs sont d'accord avec elle.
Ils ont convenu, en février, de réunir
34 milliards de dollars EU pour réapprovisionner
les fonds de l'Association
internationale pour le développement
(IDA) (a),
la filiale de la Banque mondiale qui offre
des dons et des prêts aux conditions
douces aux 81 pays les plus pauvres du
monde, dont près de la moitié sont en
Afrique.
D'autres évènements auront lieu cette
année, et ils sont prometteurs de
nouveaux engagements financiers en faveur
du continent : publication, en mars, d'une
évaluation des besoins de l'Afrique par
la Commission
pour l'Afrique, dont le
Royaume-Uni est le chef de file, et, plus
tard, en juillet, discussions élargies au
cours de la réunion du G8.
Finalement, le sommet du millénaire des
Nations Unies en septembre reverra les
progrès accomplis, en vue de diminuer de
moitié la pauvreté dans le monde pour
2015, comme le prévoient les huit
Objectifs de développement pour le millénaire.
L'aide aux pays d'Afrique sub-saharienne
sera au centre de nombreuses discussions :
ses pays ont en effet peu de chances de réaliser
leurs objectifs ; il faut donc éviter à
tout prix des dérapages supplémentaires.
Les vedettes mondiales du rock se sont
jointes, elles aussi, aux efforts. Bono
(a)
est devenu un défenseur ardent de la
cause africaine. Il en appelle aux leaders
internationaux pour qu'ils diminuent le
fardeau de la dette qui pèse sur la région,
et pour qu'ils en fassent plus pour
endiguer l'épidémie du VIH/SIDA.
Mais, en fin de compte, pour que l'aide réussisse,
il faut que l'Afrique établisse avec ses
partenaires internationaux des relations
de confiance, dit Pomerantz.
La confiance va venir de l'engagement, de
la fiabilité, d'une meilleure compréhension
mutuelle, de la transparence, et d'une
communication franche et ouverte.
« Pour influencer les politiques et
assurer la réussite, la qualité des
relations est plus importante que
l'argent, » écrit-elle. Et elle ajoute
que les partenaires internationaux ne
comprennent pas l'Afrique aussi bien
qu'ils le devraient.
La Banque
mondiale et l'Afrique
L'objectif de la Banque mondiale est
d'aider les africains à s'aider eux-mêmes,
en leur prêtant de l'argent, en
partageant avec eux les connaissances, en
développant leurs compétences et en établissant
avec eux des partenariats.
La Banque est à l'avant-garde des efforts
entrepris pour alléger la
dette (a) des pays pauvres de la région, ainsi que pour aider
les pays au sortir d'un conflit
(a),
assister les pays à l'éradication des maladies
transmissibles, y compris le
VIH/SIDA et le paludisme, et pour
redynamiser la croissance économique.
La Banque veut également s'assurer que
les bénéfices de la croissance se
fassent sentir dans toutes les couches de
la société. Ses priorités sont les
suivantes :
- Encourager et améliorer l'intégration régionale
pour renforcer le commerce intra-régional
et abaisser les coûts de transport
pour les pays enclavés.
- Développer des entreprises africaines.
- Améliorer le commerce, en particulier en aidant
les produits africains à s'implanter
sur les marchés internationaux.
- Renforcer la capacité des gouvernements et améliorer
la gouvernance.
- Augmenter les montants et l'efficacité (harmonisation
(a)) de l'aide internationale.
L'entreprise «
Afrique » est prête à conquérir des
marchés
Pour permettre aux pays africains d'acquérir
cette autosuffisance économique que
constitue la conquête des marchés, il
leur faut un secteur privé dynamique et
fort.
« En Afrique, l'entreprise privée est
historiquement resté le parent pauvre du
développement, » remarque M. Nankani.
La région doit construire des industries
d'exportation en s'appuyant sur
l'agriculture et sur ses ressources
naturelles. Les exportateurs de fleurs du
Kenya sont peut être un modèle à suivre
pour les entrepreneurs africains.
Les recettes des gouvernements africains dépasseront
200 milliards de dollars EU au cours de la
prochaine décennie. Si ces ressources
importantes sont bien gérées, leur
impact sur la réduction de la pauvreté
pourrait être très important.
Mais le renforcement de l'entreprise
africaine n'est pas seulement une question
d'argent. Il faut améliorer
l'environnement des affaires, c'est-à-dire
éliminer les obstacles juridiques et réglementaires,
assurer la fiabilité énergétique et réparer
les routes et autres infrastructures
essentielles. Ces mesures sont des préalables
à une reprise de la production, une accélération
de la distribution, et l'ouverture de
nouvelles opportunités commerciales.
Selon l'étude, la
Pratique des affaires en 2005 (a)
de la Banque mondiale, sept pays africains font partie des
dix pays au monde où les conditions de démarrage
d'une entreprise sont les plus difficiles.
« Les leaders africains déploient
aujourd'hui des efforts pour éliminer
l'image d'un environnement d'affaires
africain à haut risque, où les coûts de
transactions sont élevés, » dit M.
Nankani.
Le Mali, le Sénégal et la Tanzanie font
partie des pays qui organisent des tables
rondes pour les investisseurs, et mettent
en place les mesures nécessaires à un
climat favorable aux affaires.
Aller de l'avant
Aujourd'hui, une génération après le
concert « Live Aid », qui a uni
tous les peuples du monde pour alléger la
famine en Ethiopie, le monde a beaucoup
changé. Comme d'ailleurs, les besoins de
l'Afrique. L'épidémie du VIH/SIDA et les
conflits ont remplacé les pénuries
alimentaires dans la liste des problèmes
pressants de la région. Un africain sur
cinq en est la victime.
Mais la mondialisation et les progrès en
matière de communications et de
technologies ouvrent aujourd'hui à
l'Afrique des voies nouvelles pour sortir
de la pauvreté. Certes, les problèmes de
l'Afrique sont difficiles et ses objectifs
sont ambitieux. Mais, comme le conclut M.
Nankani, « ils sont réalisables si les
leaders africains, les sociétés
africaines et la communauté
internationale travaillent main dans la
main dans un véritable partenariat. »
Source:
la Banque mondiale
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