Thabo
Mbeki
Médiateur
et négociateur quasi-incontournable
en Afrique
«Thabo
Mbeki se sent investi d'une mission. C'est
l'homme du Nepad et de la renaissance
africaine. Il lui faut sortir le continent
et la diaspora africaine en général de
sa misère», explique David Monyae de
l'Institut sud-africain des affaires
internationales (Saiia). Pour justifier la
boulimie diplomatique du successeur de
Nelson Mandela. Moeletsi Mbeki, le frère
du président, voit les choses d'un autre
oeil : «L'Afrique du Sud est au continent
africain ce que les Etats-Unis sont au
reste du monde. Nous représentons 5% de
la population du continent, mais plus de
30% de son économie. Thabo n'a pas le
choix. C'est normal qu'il tente de régler
tous les conflits en Afrique. Il en va de
notre survie à tous.»
Le
président sud-africain Thabo Mbeki est
devenu, depuis son arrivée au pouvoir en
1999, un médiateur quasi-incontournable
dans nombre de conflits qui déchirent le
continent, y compris hors de sa sous-région,
avec sa mission récente en Côte
d'Ivoire.
La fin de l'année 2004 et le début de
l'année 2005 ont, plus que jamais,
illustré cette boulimie diplomatique
revendiquée haut et fort par Mbeki qui
voit dans la résolution des conflits sur
le continent africain l'indispensable
point d'appui d'une véritable
"renaissance africaine". Le 30 décembre
2004, il est à Khartoum (Soudan), le 31,
il assiste, au Kenya, à la signature des
derniers documents précédant la
conclusion d'un accord de paix devant
mettre fin à 21 ans de guerre dans le sud
du Soudan.
Après avoir participé le 10 janvier à
Libreville au sommet des chefs d'Etat du
Conseil de paix et de sécurité de
l'Union africaine (UA), il s'envole pour
la Côte d'Ivoire (Abidjan puis
Yamoussoukro), avant de rejoindre Kinshasa
deux jours plus tard.
C'est sur le dossier ivoirien, où toutes
les médiations passées ont échoué, que
le successeur de Nelson Mandela est
aujourd'hui le plus attendu. Si tous les
acteurs soulignent son implication
personnelle et sa capacité d'écoute, le
dossier semble au point mort, à quelques
jours du 4ème
sommet de l'Union Africaine (UA),
les 30 et 31 janvier à Abuja.
Pour tenter de sortir de l'impasse, le
chef de l'Etat sud-africain a mené, cette
semaine à Pretoria, une série de
nouvelles consultations avec l'opposition
et la rébellion ivoirienne.
"M. Mbeki est un chef déterminé, véritablement
impliqué dans la résolution des conflits
dont il a la charge", estimait
mercredi l'un des participants, Lambert
Kouassi Konan, vice-président du Parti démocratique
de Côte d'Ivoire (PDCI, l'ex-parti au
pouvoir).
Au coeur de la "vision"
africaine de Mbeki, figure l'idée que
l'Afrique du Sud, par son héritage
historique récent - transition pacifique
du régime raciste de l'apartheid à une démocratie
multiraciale - a un rôle central à jouer
pour favoriser l'émergence d'un nouvel
ordre. "Nous sommes persuadés que ce que nous avons accompli
pendant la première (décennie de démocratie)
démontre que nous, Africains, pouvons et
allons résoudre nos problèmes",
expliquait-il fin avril lors de sa
prestation de serment pour un deuxième
mandat de cinq ans. En octobre 2004,
l'hebdomadaire britannique The Economist
suggérait que Thabo Mbeki, "qui a
joué un rôle décisif pour faire passer
la RDC et le Burundi d'un chaos total à
une paix précaire", serait un
candidat crédible dans la course au Prix
Nobel de la Paix.
Au-delà du débat sur l'état
d'avancement de ses différentes médiations,
l'omniprésence de Mbeki sur le continent
pourrait constituer un atout de taille
pour l'Afrique du Sud dans la course engagée
- face au Nigeria en particulier - pour un
siège permanent au Conseil de Sécurité
de l'ONU. De
la Côte d'Ivoire au Zimbabwe, en passant
par Haïti ou les Comores, la politique étrangère
de l'ancien diplomate de l'ANC a ses hauts
et ses bas. Elle s'est en tout cas imposée
sur la scène africaine comme l'une des
plus efficaces. Dans une note adressée en
début de mois à ses missions
diplomatiques, Pretoria a pour la première
fois fait valoir son souhait de
candidature à un siège permanent du
Conseil de sécurité de l'ONU. L'Afrique
du Sud se met ainsi en concurrence avec la
Libye, le Nigeria et l'Egypte.
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