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KOFI
ANNAN
La
grande réforme de l’ONU
Kofi
Annan a présenté lundi à l'assemblée générale
de l'ONU un ambitieux projet de réforme
de l'organisation. Au programme: lutte
contre la pauvreté, élargissement du
conseil de sécurité, lutte contre le
terrorisme codification de l'entrée en
guerre et remplacement de la commission
des droits de l'homme par un organe plus
intègre.
Kofi Annan a fait de la réforme de l'ONU
une affaire personnelle - la
marque de son second mandat. Face aux 191
Etats-membres des Nations unies, il a présenté
lundi un projet étoffé, compilant une réflexion
de longue haleine et les travaux de
plusieurs groupes d'experts. Le ton était
inhabituellement vigoureux, pour un homme
qui a fait de la diplomatie une seconde
langue. «J'exhorte les Etats membres
à rendre le conseil de sécurité plus
largement représentatif de la communauté
internationale dans son ensemble, et des réalités
géopolitiques d'aujourd'hui» a-t-il
déclaré. «Cela fait trop longtemps
que nous discutons de cette question
cruciale» a-t-il poursuivi, allant
jusqu'à sermonner son auditoire : «Ces
lieux ont entendus
suffisamment de grandes déclarations pour
remplir les décennies à
venir. Nous connaissons tous les problèmes.
Nous n'avons pas besoins de plus de
discours ou de promesses. Nous avons
besoin d'action.» Note est donc
prise.
L'élargissement du conseil de sécurité
à 24 membres est un vieux
projet, bloqué jusqu'ici par les
jalousies régionales - l'Italie
s'oppose à un siège permanent pour
l'Allemagne, le Pakistan à un siège pour
l'Inde etc. Kofi Annan se garde bien de définir
les détails de cet élargissement:
combien de permanents ? Avec ou sans veto
? Mais son rapport a été salué avec
enthousiasme par les quatre candidats les
plus sérieux à des sièges de permanent,
le Brésil, l'Allemagne, l'Inde et le
Japon. «Nous sommes très contents de
ce rapport» a confié à RFI
Gunther Pleuger, le représentant de
l'Allemagne à l'ONU. «Kofi Annan a préconisé
qu'une décision soit prise avant le
sommet de septembre. Et on a maintenant
une dynamique de réforme que nous n'avons
jamais eue avant.» Officiellement,
ces pays n'ont pas renoncé à bénéficier
d'un droit de veto, mais ils
s'accommoderaient volontiers d'un siège
permanent sans le veto dont seuls
jouiraient toujours la France, les
Etats-Unis, le Royaume uni, la Chine et la
Russie. «Nous croyons qu'il serait
mieux de ne pas faire de distinction entre
les anciens et les nouveaux membres. Mais
nous savons que chaque changement du
statut des cinq permanents serait frappé
d'un veto lors du processus de
ratification. C'est pourquoi
personnellement, je suis convaincu que si
on veut une réforme, on ne touche pas le
statut des cinq permanents» admet
Gunther Pleuger.
Washington se méfie de tout ce qui
pourrait restreindre sa politique étrangère
Sans doute inspiré par le conflit
irakien, qui a déchiré le Conseil de
sécurité - en raison des menaces de veto
français, le conseil n'a
jamais entériné l'intervention américaine
-, Kofi Annan a suggéré que
«le conseil de sécurité renouvelé
dise clairement, dans une
résolution, quels sont les principes qui
le guideront lorsqu'il devra
décider d'autoriser ou non l'usage de la
force.» Cette codification
de l'entrée en guerre n'est pas du goût
de Washington, qui se méfie de tout ce
qui pourrait restreindre sa politique étrangère.
Les autorités américaines sont en
revanche plus intéressées par les
efforts de Kofi Annan pour élever les
droits de l'homme au même niveau que les
questions de paix et de sécurité. «Je
demande aux Etats membres de créer un
nouveau conseil pour remplir un des
objectifs primordiaux de l'organisation :
la promotion des droits de l'homme. Cela
remplacerait l'actuelle commission des
droits de l'homme, dont l'aptitude à
remplir sa mission a été sapée par une
crédibilité et un professionnalisme en déclin»
a déclaré Kofi Annan, en faisant
allusion à la présence au sein de la
commission basée à Genève de pays comme
le Soudan, Cuba ou la Syrie, dont le bilan
en matière de respect des libertés
individuelles est loin d'être exemplaire.
Le nouveau conseil qu'il préconise aurait
des membres élus aux deux tiers de
l'assemblée générale. Ils seraient
moins nombreux, et plus
présentables.
Autre point sensible: une définition
nouvelle du terrorisme. Jusqu'à
maintenant, à l'Onu, les terroristes des
uns ont toujours été les
combattants de la liberté des autres.
Kofi Annan veut lui définir
comme terroriste tout acte visant des
civils, peu importe les
circonstances. Il rencontre déjà sur ce
point les résistances de
plusieurs pays arabes, qui veulent protéger
toute latitude pour les
efforts de lutte des Palestiniens, légitimes
à leurs yeux. Si Kofi
Annan parvient malgré tout à imposer sa
définition, une convention
internationale contre le terrorisme
pourrait rapidement être adoptée.
Une
vaste réforme qui, insiste Kofi Annan,
n'est pas «à la carte»
Dans le domaine du développement, Kofi
Annan encourage les pays riches à
respecter les généreuses promesses
faites il y a bientôt cinq ans lors du
sommet du millénaire à New York. Il
incite notamment les pays riches à
consacrer 0.7% de leur PIB à l'aide au développement
- un niveau atteint aujourd'hui par
seulement une poignée de pays.
Ce ne sont là que quelques points d'une
vaste réforme, qui, insiste
Kofi Annan n'est pas «à la carte». Son
projet se veut un ensemble
cohérent, le plus ambitieux depuis la création
de l'ONU il y a presque
60 ans. C'est aussi un compromis
soigneusement équilibré, dans lequel
chaque pays trouvera des éléments de
satisfaction et des éléments de déception.
Pour faire adopter son plan, Kofi Annan
devra avoir le soutien des cinq permanents
du conseil de sécurité, et des deux
tiers des 191 pays de l'assemblée générale.
Le défi est de surmonter les rivalités régionales
et les égoïsmes nationaux qui bloquent
toute réforme depuis des années.
Plusieurs pays ont déjà tendance à
puiser uniquement ce qui les intéresse.
Mais pour Kofi Annan, l'échec n'est pas
permis. Ces derniers mois, il a été
violemment attaqué aux Etats-Unis, pour
son rôle et celui de son fils dans
l'affaire pétrole contre nourriture. Les
milieux conservateurs ont même réclamé
sa démission. La réforme de l'ONU a pour
lui des airs de rédemption.
Source:RFI
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