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HYDRO-QUÉBEC
Un résumé du Québec moderne
Jamais un peuple ne s’est si
passionnément attaché à une entreprise. Entre les Québécois et
Hydro, c’est l’histoire d’une fierté, de la satisfaction de
détenir son plus important outil de développement. Nous avons
rencontré le PDG du géant, M. André Caillé, surtout pour
parler d’avenir.
Diplomat
Investissement : Monsieur le président, Hydro Québec vient de
déclarer un pro-fit net de 2 milliards de dollars pour son
dernier exercice financier. Quelles sont les grandes lignes du
style de gestion qui ont permis un tel exploit ?
M. André
Caillé : Une phrase peut résumer cela :
Hydro-Québec est une société d'État à vocation commerciale qui
se concentre sur ses métiers de base : produire, transporter
et distribuer l'électricité. Le bénéfice net d'Hydro-Québec
est en hausse de 26,5 % sur celui de 2002. J'en suis très
fier. Premièrement, il faut tirer un grand coup de chapeau
aux employés de l'entreprise qui sont les premiers
responsables d'un tel résultat. Ils font montre de beaucoup de
caractère et leur capacité à répondre aux défis proposés est
remarquable.
Sur une note plus technique, disons que la progression du
bénéfice provient principalement d'une diminution importante
des frais financiers découlant du remboursement net de la
dette à long terme. L'entreprise a également su tirer profit
des faibles taux d'intérêt et de l'appréciation du dollar
canadien afin de réduire ses frais financiers et sa dette à
long terme. Par ailleurs, au Québec, le volume des ventes a
connu une forte augmentation en raison de la vigueur de
l'économie. Sur les marchés hors Québec, des opérations
commerciales optimales ont permis de réaliser des profits
importants malgré un volume d'exportations inférieur à celui
de l'an dernier.
En termes
d’investissements, que représente la contribution d’Hydro-Québec
pour l’économie québécoise dans son ensemble ?
Hydro-Québec contribue au
développement des régions du Québec par la création d'emplois
directs et indirects qui découlent de ses activités, par des
achats de biens et de services, par le versement de taxes et
par la présence de ses employés partout sur le territoire. En
2003, environ 93 % des achats de biens et de services, soit
2,1 milliards de dollars, ont été faits auprès d'entreprises
québécoises. Ces achats ont permis de soutenir quelques
15 200 emplois directs, soit une hausse de 24 % par rapport à
2002. L'entreprise a versé des dividendes de 965 millions de
dollars et payé des taxes de 536 millions de dollars au
gouvernement du Québec. Elle a également payé près de
33 millions de dollars en taxes municipales et scolaires.
D'ici 2008, Hydro-Québec se fixe pour objectif de verser 4,9
milliards de dollars en dividendes au gouvernement du Québec,
de soutenir l'emploi dans toutes les régions du Québec pour
l'équivalent de 220 000 années-personnes et de maintenir un
niveau d'investissement annuel de 3,5 milliards de dollars.
Vous avez trois
principales divisions : production, transport et distribution.
Comment se fait l’alchimie entre ces trois services et qu’est
ce que ce mode d’organisation apporte de meilleur à votre
organisation ?
Pour ce qui est du fonctionnement
interne, plus que d'alchimie, on parle de relations
clients-fournisseurs entre les divisions de l'entreprise.
C'est une façon de faire efficace, souple et efficiente. La
séparation des activités d'Hydro-Québec traduit notre volonté
de nous doter d'une structure organisationnelle qui reflète
les réalités commerciales et législatives des marchés où nous
sommes présents.
L'entreprise a regroupé ses principales activités dans six
divisions autonomes, conformément aux nouvelles règles de
fonctionnement de l'industrie. Depuis 1997, notre organisation
ne cesse d'évoluer et est active dans un marché de libre
concurrence entre les producteurs d'électricité. Les activités
d'Hydro-Québec sont réglementées dans les secteurs du
transport et de la distribution d'électricité.
Monsieur le
Président, un débat fait actuellement rage au sujet de la
centrale au gaz naturel du Suroît. Quels sont les principaux
arguments d'Hydro Québec pour convaincre les Québécois que ce
projet est essentiel ?
Il est d'abord important de
rappeler que la priorité d'Hydro-Québec est, et demeure, le
développement du potentiel hydroélectrique au Québec. Il
s'agit d'une énergie dont les vertus environnementales font
l'objet d'un consensus mondial. Lancé en 2001, le projet de
centrale à cycle combiné au gaz naturel du Suroît est devenu
nécessaire puisqu'il y a eu une forte croissance de la demande
interne au Québec combinée à une faible hydraulicité. Je tiens
cependant à rassurer les gens : la centrale du Suroît n'aura
aucun impact sur la qualité de l'air ni sur la santé de la
population locale. C'est d'ailleurs les conclusions du rapport
du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).
L'année 2003 n'a fait que confirmer la justification
énergétique du Suroît. La demande interne a cru de 7 milliards
de kilowattheures et l'hydraulicité s'est révélée nettement en
deçà de la normale pour l'année 2003. C'est dans ce contexte
qu'Hydro-Québec doit rétablir sa marge de manoeuvre. C'est une
question de sécurité et d'autonomie énergétique au Québec.
Où en est
actuellement Hydro Québec dans ses activités internationales ?
Votre question me permet de
rappeler un anniversaire important pour notre entreprise : les
25 ans d'activités d'Hydro-Québec International, fondée en
1978.
Au cours des 25 dernières années , Hydro-Québec International
a oeuvré sur cinq continents et a grandement contribué à faire
connaître et reconnaître l'expertise d'Hydro-Québec à travers
le monde. Son travail a servi non seulement le rayonnement
international du Québec mais également l'ouverture de nouveaux
marchés pour des entreprises québécoises. En tant que chef de
file, Hydro-Québec International a notamment favorisé le
développement de réseaux d'affaires internationaux, au
bénéfice de nombreuses entreprises du Québec. Hydro-Québec
International apporte son expertise non seulement en rapport
avec les métiers de base d'Hydro-Québec (production, transport
et distribution d'électricité) mais aussi dans le domaine de
la gestion d'une grande entreprise d'électricité.
Hydro-Québec International a, au cours du dernier quart de
siècle, prodigué nombre de conseils à plusieurs sociétés
d'États africaines pour les aider à restructurer leurs
organisations et améliorer leur performance. Plusieurs experts
d'Hydro-Québec ont ainsi été détachés auprès des gestionnaires
de compagnies étrangères pour de longues périodes de temps.
Hydro-Québec International
fournit des services professionnels, de l'assistance technique
et de l'aide au développement à de nombreux pays. Ce genre
d'activités est particulièrement important au sein des pays de
la Francophonie. Grâce aux liens culturels et institutionnels
créés avec des organismes comme l'Agence de la Francophonie et
l'Institut de l'énergie et de l'environnement des pays de la
Francophonie, de solides relations d'affaires se sont bâties
au cours des années, entre Hydro-Québec et les autorités
nationales responsables de l'énergie, ministères ou compagnies
nationales de nombreux pays. Hydro-Québec International a
aussi travaillé à développer un portefeuille d'investissements
pour Hydro-Québec. La réalisation la plus importante se trouve
en Amérique latine.
En 2000, Hydro-Québec International a procédé à l'achat de la
compagnie Transelec, le principal réseau de transport
d'électricité du Chili dont les lignes constituent 95% du
réseau national. Au Pérou, Hydro-Québec International a
construit une ligne de transport reliant les systèmes du nord
et du sud du pays. Hydro-Québec International, par le biais de
sa filiale Transmantaro assure la gestion de cette ligne pour
les 30 prochaines années. Construite à haute altitude sur un
terrain particulièrement difficile, cette ligne constitue un
succès d'ingénierie particulièrement significatif et incorpore
plusieurs innovations techniques. De plus, dans le domaine de
la production, Hydro-Québec International dispose d'actif à
l'étranger. Par exemple, au Panama, Hydro-Québec International
assure la gestion de la plus importante centrale
hydroélectrique du pays, Fortuna, en plus d'y détenir une
participation financière. Cette centrale fournit de
l'électricité à 43% de la population panaméenne. Au Costa Rica,
Hydro-Québec International détient une participation
financière dans la centrale de Rio Lajas.
Depuis 1999, afin de refléter les nouvelles donnes des marchés
internationaux de l'énergie et la nouvelle structure
organisationnelle de l'entreprise, chaque division d'Hydro-Québec
est désormais responsable d'identifier et de réaliser ses
projets à l'étrange, mais sous la conduite d'Hydro-Québec
International, seule filiale responsable des activités
internationales d'Hydro-Québec en dehors de l'Amérique du
nord.
Enfin, Monsieur le
président, quels sont vos plans d’expansion à long terme ? Le
marché américain ? Le véhicule électrique, etc. ?
Les occasions d'affaires sont très
nombreuses à l'international, mais la concurrence y est aussi
très vive. Au cours des dernières années, plusieurs joueurs
ont fait des placements qui se sont révélés mauvais et ont
subi d'importantes pertes.
Les entreprises qui réussissent sont celles qui travaillent à
la valorisation de leur savoir-faire par des investissements à
l'international et qui se concentrent dans les activités où
leur expertise leur permet, mieux que les concurrents, de
gérer les risques réglementaires et politiques ainsi que les
risques de change.
Forte de sa réputation mondiale et de la renommée de ses
succès techniques, Hydro-Québec a décidé de concentrer ses
activités internationales dans un secteur où elle excelle,
soit le transport d'électricité à haute tension.
Par ailleurs, il faut savoir qu'Hydro-Québec, par le biais de
sa filiale IndusTech, travaille au développement d'un véhicule
à dominante électrique.
Avec ses filiales Avestor et TM4, Hydro-Québec a conclu, en
2003, une entente avec le constructeur d'automobiles SVE pour
la mise au point de composants d'un véhicule électrique. SVE
est une filiale des sociétés françaises Groupe Henri Heuliez
et Groupe Industriel Marcel Dassault.
Hydro-Québec lui fournit une solution intégrée, composée d'une
pile et d'un système de motorisation issu de la recherche sur
le moteur roue de l'IREQ, notre institut de recherche. Des
essais sur des véhicules de la SVE sont en cours et une
homologation est visée en 2005.
Je précise que ce développement se fait avec une vision à long
terme. Les niches de marchés institutionnels et industriels
d'Europe, puis d'Amérique du Nord, seront les premières visées
puisque les marchés grand public pour ce type de produits ne
prendront pas d'ampleur avant 6 à 8 ans.
Ce projet nous tient particulièrement à cœur car s'il est
couronné de succès, il contribuera de façon significative aux
efforts de réduction des gaz à effet de serre et pourrait
avoir un potentiel de retombées industrielles et économiques
majeures au Québec.
Merci
(*) M.
André
Caillé, Président-directeur général Hydro-Québec
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