Journal de la diplomatie et des affaires

Journal en cours 

Mai-Juin 2004

 
HYDRO-QUÉBEC

Un résumé du Québec moderne

Jamais un peuple ne s’est si passionnément attaché à une entreprise. Entre les Québécois et Hydro, c’est l’histoire d’une fierté, de la satisfaction de détenir son plus important outil de développement. Nous avons rencontré le PDG du géant, M. André Caillé, surtout pour parler d’avenir.

Diplomat Investissement : Monsieur le président, Hydro Québec vient de déclarer un pro-fit net de 2 milliards de dollars pour son dernier exercice financier. Quelles sont les grandes lignes du style de gestion qui ont permis un tel exploit ?

M. André Caillé : Une phrase peut résumer cela : Hydro-Québec est une société d'État à vocation commerciale qui se concentre sur ses métiers de base : produire, transporter et distribuer l'électricité. Le bénéfice net d'Hydro-Québec est en hausse de 26,5 % sur celui de 2002. J'en suis très fier. Premièrement, il faut tirer un grand  coup de chapeau aux employés de l'entreprise qui sont les premiers responsables d'un tel résultat. Ils font montre de beaucoup de caractère et leur capacité à répondre aux défis proposés est remarquable.

Sur une note plus technique, disons que la progression du bénéfice provient principalement d'une diminution importante des frais financiers découlant du remboursement net de la dette à long terme. L'entreprise a également su tirer profit des faibles taux d'intérêt et de l'appréciation du dollar canadien afin de réduire ses frais financiers et sa dette à long terme. Par ailleurs, au Québec, le volume des ventes a connu une forte augmentation en raison de la vigueur de l'économie. Sur les marchés hors Québec, des opérations commerciales optimales ont permis de réaliser des profits importants malgré un volume d'exportations inférieur à celui de l'an dernier.

En termes d’investissements, que représente la contribution d’Hydro-Québec pour l’économie québécoise dans son ensemble ?

Hydro-Québec contribue au développement des régions du Québec par la création d'emplois directs et indirects qui découlent de ses activités, par des achats de biens et de services, par le versement de taxes et par la présence de ses employés partout sur le territoire. En 2003, environ 93 % des achats de biens et de services, soit 2,1 milliards de dollars, ont été faits auprès d'entreprises québécoises. Ces achats ont permis de soutenir quelques 15 200 emplois directs, soit une hausse de 24 % par rapport à 2002. L'entreprise a versé des dividendes de 965 millions de dollars et payé des taxes de 536 millions de dollars au gouvernement du Québec. Elle a également payé près de 33 millions de dollars en taxes municipales et scolaires. D'ici 2008, Hydro-Québec se fixe pour objectif de verser 4,9 milliards de dollars en dividendes au gouvernement du Québec, de soutenir l'emploi dans toutes les régions du Québec pour l'équivalent de 220 000 années-personnes et de maintenir un niveau d'investissement annuel de 3,5 milliards de dollars.

Vous avez trois principales divisions : production, transport et distribution. Comment se fait l’alchimie entre ces trois services et qu’est ce que ce mode d’organisation apporte de meilleur à votre organisation ?

Pour ce qui est du fonctionnement interne, plus que d'alchimie, on parle de relations clients-fournisseurs entre les divisions de l'entreprise. C'est une façon de faire efficace, souple et efficiente. La séparation des activités d'Hydro-Québec traduit notre volonté de nous doter d'une structure organisationnelle qui reflète les réalités commerciales et législatives des marchés où nous sommes présents.     
L'entreprise a regroupé ses principales activités dans six divisions autonomes, conformément aux nouvelles règles de fonctionnement de l'industrie. Depuis 1997, notre organisation ne cesse d'évoluer et est active dans un marché de libre concurrence entre les producteurs d'électricité. Les activités d'Hydro-Québec sont réglementées dans les secteurs du transport et de la distribution d'électricité.

Monsieur le Président, un débat fait actuellement rage au sujet de la centrale au gaz naturel du Suroît. Quels sont les principaux arguments d'Hydro Québec pour convaincre les Québécois que ce projet est essentiel ?

Il est d'abord important de rappeler que la priorité d'Hydro-Québec est, et demeure, le développement du potentiel hydroélectrique au Québec. Il s'agit d'une énergie dont les vertus environnementales font l'objet d'un consensus mondial. Lancé en 2001, le projet de centrale à cycle combiné au gaz naturel du Suroît est devenu nécessaire puisqu'il y a eu une forte croissance de la demande interne au Québec combinée à une faible hydraulicité. Je tiens cependant à rassurer les gens :  la centrale du Suroît n'aura aucun impact sur la qualité de l'air ni sur la santé de la population locale. C'est d'ailleurs les conclusions du rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). L'année 2003 n'a fait que confirmer la justification énergétique du Suroît. La demande interne a cru de 7 milliards de kilowattheures et l'hydraulicité s'est révélée nettement en deçà de la normale pour l'année 2003. C'est dans ce contexte qu'Hydro-Québec doit rétablir sa marge de manoeuvre. C'est une question de sécurité et d'autonomie énergétique au Québec.

Où en est actuellement Hydro Québec dans ses activités internationales ?

Votre question me permet de rappeler un anniversaire important pour notre entreprise : les 25 ans d'activités d'Hydro-Québec International, fondée en 1978.
Au cours des 25 dernières années , Hydro-Québec International a oeuvré sur cinq continents et a grandement contribué à faire connaître et reconnaître l'expertise d'Hydro-Québec à travers le monde. Son travail a servi non seulement le rayonnement international du Québec mais également l'ouverture de nouveaux marchés pour des entreprises québécoises. En tant que chef de file, Hydro-Québec International a notamment favorisé le développement de réseaux d'affaires internationaux, au bénéfice de nombreuses entreprises du Québec. Hydro-Québec International apporte son expertise non seulement en rapport avec les métiers de base d'Hydro-Québec (production, transport et distribution d'électricité) mais aussi dans le domaine de la gestion d'une grande entreprise d'électricité.
Hydro-Québec International a, au cours du dernier quart de siècle, prodigué nombre de conseils à plusieurs sociétés d'États africaines pour les aider à restructurer leurs organisations et améliorer leur performance. Plusieurs experts d'Hydro-Québec ont ainsi été détachés auprès des gestionnaires de compagnies étrangères pour de longues périodes de temps.

 
Hydro-Québec International fournit des services professionnels, de l'assistance technique et de l'aide au développement à de nombreux pays. Ce genre d'activités est particulièrement important au sein des pays de la Francophonie. Grâce aux liens culturels et institutionnels créés avec des organismes comme l'Agence de la Francophonie et l'Institut de l'énergie et de l'environnement des pays de la Francophonie, de solides relations d'affaires se sont bâties au cours des années, entre Hydro-Québec et les autorités nationales responsables de l'énergie, ministères ou compagnies nationales de nombreux pays.  Hydro-Québec International a aussi travaillé à développer un portefeuille d'investissements pour Hydro-Québec. La réalisation la plus importante se trouve en Amérique latine.

En 2000, Hydro-Québec International a procédé à l'achat de la compagnie Transelec, le principal réseau de transport d'électricité du Chili dont les lignes constituent 95% du réseau national.  Au Pérou, Hydro-Québec International a construit une ligne de transport reliant les systèmes du nord et du sud du pays. Hydro-Québec International, par le biais de sa filiale Transmantaro assure la gestion de cette ligne pour les 30 prochaines années. Construite à haute altitude sur un terrain particulièrement difficile, cette ligne constitue un succès d'ingénierie particulièrement significatif et incorpore plusieurs innovations techniques. De plus, dans le domaine de la production, Hydro-Québec International dispose d'actif à l'étranger. Par exemple, au Panama, Hydro-Québec International assure la gestion de la plus importante centrale hydroélectrique du pays, Fortuna, en plus d'y détenir une participation financière. Cette centrale fournit de l'électricité à 43% de la population panaméenne. Au Costa Rica, Hydro-Québec International détient une participation financière dans la centrale de Rio Lajas.
Depuis 1999, afin de refléter les nouvelles donnes des marchés internationaux de l'énergie et la nouvelle structure organisationnelle de l'entreprise, chaque division d'Hydro-Québec est désormais responsable d'identifier et de réaliser ses projets à l'étrange, mais sous la conduite d'Hydro-Québec International, seule filiale responsable des activités internationales d'Hydro-Québec en dehors de l'Amérique du nord.

Enfin, Monsieur le président, quels sont vos plans d’expansion à long terme ? Le marché américain ? Le véhicule électrique, etc. ?

Les occasions d'affaires sont très nombreuses à l'international, mais la concurrence y est aussi très vive. Au cours des dernières années, plusieurs joueurs ont fait des placements qui se sont révélés mauvais et ont subi d'importantes pertes.
Les entreprises qui réussissent sont celles qui travaillent à la valorisation de leur savoir-faire par des investissements à l'international et qui se concentrent dans les activités où leur expertise leur permet, mieux que les concurrents, de gérer les risques réglementaires et politiques ainsi que les risques de change. 
Forte de sa réputation mondiale et de la renommée de ses succès techniques, Hydro-Québec a décidé de concentrer ses activités internationales dans un secteur où elle excelle, soit le transport d'électricité à haute tension.

Par ailleurs, il faut savoir qu'Hydro-Québec, par le biais de sa filiale IndusTech, travaille au développement d'un véhicule à dominante électrique. 
 Avec ses filiales Avestor et TM4, Hydro-Québec a conclu, en 2003, une entente avec le constructeur d'automobiles SVE pour la mise au point de composants d'un véhicule électrique. SVE est une filiale des sociétés françaises Groupe Henri Heuliez et Groupe Industriel Marcel Dassault. 

Hydro-Québec lui fournit une solution intégrée, composée d'une pile et d'un système de motorisation issu de la recherche sur le moteur roue de l'IREQ, notre institut de recherche.  Des essais sur des véhicules de la SVE sont en cours et une homologation est visée en 2005.

Je précise que ce développement se fait avec une vision à long terme. Les niches de marchés institutionnels et industriels d'Europe, puis d'Amérique du Nord, seront les premières visées puisque les marchés grand public pour ce type de produits ne prendront pas d'ampleur avant 6 à 8 ans. Ce projet nous tient particulièrement à cœur car s'il est couronné de succès, il contribuera de façon significative aux efforts de réduction des gaz à effet de serre et pourrait avoir un potentiel de retombées industrielles et économiques majeures au Québec.

Merci

 (*) M. André Caillé, Président-directeur général Hydro-Québec


 

 

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