Journal de la diplomatie et des affaires

Édition de Janvier et Février 2005 

Janvier-Février 2005
Alpha Oumar Konaré

L’Union Africaine  et la démocratie en Afrique


L'Union africaine (UA) "doit parler d'une voix" et avoir une "véritable stratégie d'influence", a indiqué à Addis Abeba le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré (photo), lors d'une réunion sur la place de l'Afrique dans un éventuel conseil de sécurité de l'Onu élargi.

Il s'exprimait devant une session extraordinaire du Conseil exécutif de l'UA réuni au niveau des ministres des affaires étrangères des 53 pays membres de l'organisation pan-africaine, qui se tient jusqu'à mardi à Addis Abeba.

Le 22 février, les ministres des Affaires étrangères de 15 pays africains, avaient convenu au Swaziland de demander deux sièges permanents pour l'Afrique au sein du Conseil de sécurité de l'ONU. Kofi Annan prépare un élargissement du Conseil de sécurité de l'Onu à de nouveaux membres.

"Ces propositions doivent refléter la vision africaine du devenir du continent et la place de l'Afrique dans le monde", a insisté M. Konaré.

"Elle doivent permettre à l'Union africaine de parler d'une voix (...) et d'assurer une véritable représentation du continent, d'agir ensemble, de négocier ensemble, de déployer une véritable stratégie d'influence et une réelle solidarité", a-t-il poursuivi.

"Nous devons appliquer courageusement notre principe de non-indifférence (...), la non-indifférence, c'est l'ingérence courtoise, l'ingérence solidaire", a-t-il ajouté sans plus de précision. L'UA s'est récemment beaucoup impliquée dans la crise constitutionnelle au Togo.

Lors de la réunion d'Addis Abeba; "les ministres des Affaires étrangères vont examiner le rapport du comité ministériel des 15 sur la réforme des Nations unies et le barème des contributions obligatoires des differents Etats membres au budget de l'Union africaine", a indiqué un porte-parole de l'UA, Adam Thiam.

"Les 15 Etats membres ont élaboré une position commune (au Swaziland) disant qu'ils veulent deux sièges permanents au sein du Conseil de sécurité, aujourd'hui, les 53 Etats membres doivent approuver ce consensus ou le rejeter avant de le soumettre à l'Onu", a indiqué un autre responsable de l'UA.

Le texte adopté au Swaziland prévoir pour l'Afrique "au moins deux sièges permanents avec tous les privilèges et prérogatives des membres permanents, y compris le droit de veto".

"A cet égard, même si l'Afrique s'oppose en principe au maintien du droit de veto, elle pense que c'est une question de justice pour tous et que tant qu'il existera, il doit être accordé à tous les membres permanents, anciens et nouveaux", souligne le texte.

L'Allemagne, le Japon, l'Inde et le Brésil ont également demandé à bénéficier d'un siège permanent au Conseil de sécurité, où la Grande-Bretagne, la Chine, les Etats-Unis, la France et la Russie détiennent déjà un droit de veto.

L'Afrique du Sud, l'Egypte et le Nigeria ont manifesté leur intérêt pour représenter le continent africain au sein de cette instance qui passerait de 15 à 24 membres.

L’ancien président malien, Alpha Oumar Konaré, a été élu le 10 juillet à la présidence de la Commission, l’exécutif de l’Union africaine, par les Chefs d’Etat de l’UA réunis en sommet à Maputo au Mozambique.

Démocrate, donc, mais aussi panafricaniste convaincu. « Mon panafricanisme ne date pas d’aujourd’hui, je suis prêt à me battre pour mon continent », aurait déclaré le candidat Konaré à son successeur à la tête de l’Etat malien, Amadou Toumani Touré, qui lui proposait de se présenter à la présidence de la Commission de l’UA. Alpha Oumar Konaré a assumé de 1999 à 2000 les fonctions de président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). A ce poste, « pour faire avancer la cause de l’Union africaine, [il] a pris un avion-taxi pour visiter en moins d’une semaine les [quinze] pays de la Cedeao », se souvient un actuel ministre.

Sa vision de l’Afrique, Alpha Oumar Konaré la doit à Modibo Keïta, le père de l’indépendance malienne, a qui il a érigé un mémorial à Bamako. « J’étais étudiant, puis professeur stagiaire à Bamako, et la vision qu’avait le président Modibo de l’Afrique nous inspirait profondément », raconte-t-il. Selon l’un de ses compagnons politiques, l’une de ses satisfactions est d’avoir maintenu dans la Constitution malienne que « pour réaliser l’Union africaine, le Mali est prêt à perdre une partie ou toute sa souveraineté ». Un principe qu’il aimait à rappeler.

 

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