Journal de la diplomatie et des affaires

Grande entrevue

Avec M. Kofi Annan, Secrétaire général (suite)

Pour l`heure, l`Afrique a de multiples défis à relever. La pauvreté, les conflits endémiques, les maladies, dont en premier lieu le VIH/sida, sont autant de fléaux que le continent se doit de combattre avec toute son énergie. C`est en Afrique subsaharienne que l`on trouve le plus grand nombre de personnes vivant avec moins d`un dollar par jour. Ce dénuement entraîne son cortège de souffrances et ne fait qu`aggraver de nombreux autres problèmes. Les pays pauvres, en particulier ceux qui connaissent une inégalité profonde entre groupes ethniques et religieux, risquent beaucoup d`être entraînés dans des conflits que les pays riches. La pauvreté rend aussi les populations plus vulnérables aux maladies. Par ailleurs, les pays pauvres ne disposent pas souvent pas de capacités ni de ressources voulues pour mettre en œuvre des politiques écologiques rationnelles ; et cette situation compromet la subsistance précaire de leurs populations et accroît encore le dénuement. Nous ne pourrons briser ce cercle vicieux qu`en redoublant d`efforts et en agissant maintenant.

La Communauté internationale a montré qu’elle était de plus en plus déterminée à venir en aide aux pays africains encore en proie à des troubles et à des tragédies. Ainsi, lors du Sommet du millénaire, les Chefs d’État et de Gouvernement se sont engagés à répondre aux besoins de l’Afrique et à aider les africains éliminer la pauvreté et à instaurer une paix et un développement durables, afin d’intégrer le continent dans l’économie mondiale. L’Afrique a évolué par bien des aspects. De plus en plus, les Africains cherchent des solutions africaines aux problèmes du Continent. Il est aussi encouragent de voir qu’après nombre de revers, la démocratie prend à nouveau racine dans tout le continent. Ce n’est certainement pas le moment de baisser les bras.

Pensez-vous que la mondialisation des marchés peut apporter au continent africain un complément de capitaux et d’expertise pour son décollage économique qui n’a que trop tardé ? 

Oui, bien sûr, mais ceci nécessitera un effort et des pays industrialisés et des pays africains. Jusqu’à présent, l’Afrique est resté en marge de la mondialisation : la part qui lui revient des capitaux investis dans le monde et celle qu’elle apporte elle-même aux échanges internationaux restent trop faibles. Les pays riches ont un rôle indispensable à jouer pour aider le continent à s’intégrer pleinement dans l’économie mondiale. C’est pourquoi, j’espère qu’ils mettront rapidement en œuvre les mesures spéciales qu’ils se sont engagés à prendre lors du Sommet du millénaire, y compris l’annulation de la dette des pays les plus pauvres, l’amélioration de l’accès aux marchés pour les produits africains, l’accroissement de l’aide publique au développement et des flux d’investissements directs étrangers, ainsi que des transferts de technologies.

De leur côté, les pays africains ont à  revoir certaines de leurs politiques économiques qui handicapent leurs propres entreprises privées. Les États doivent desserrer leur mainmise sur l’activité économique et lever les barrières tarifaires élevées qui entravent les échanges commerciaux. Ils doivent aussi mener une lutte plus efficace contre la corruption, s’ils veulent attirer les investissements nécessaires à l’amélioration de leur productivité. Aujourd’hui, une grande partie des capitaux et de l’expertise vient du secteur privé. Nous devons donc encourager les partenariats avec le privé pour que l’Afrique puisse bénéficier des avantages de la mondialisation et non pas en subir uniquement les effets néfastes.

Selon le Secrétaire Général des Nations Unies, quelles conditions l’Afrique devrait elle réunir pour assurer son plein développement?

Plus que jamais, il est reconnu, que sans démocratie, il ne peut y avoir de paix, et que sans paix, il ne peut y avoir de développement. C’est pourquoi, les dirigeants africains doivent s’attacher à renforcer la démocratie dans toutes ses dimensions, en organisant régulièrement des élections libres et transparentes, et en acceptant le verdict des urnes; en protégeant les droits de l’homme et ceux des minorités, et en facilitant la participation de toutes les couches de la société au développement de la Nation. Une culture démocratique favorise un partenariat dynamique entre les secteurs privé et public, et cette synergie bénéficie en retour à la démocratie et au respect des droits de l’homme.

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