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Allocution de Mr. Abdoulie Janneh, Secrétaire
général adjoint de l'ONU et Secrétaire exécutif de la CEA
Ouagadougou (Burkina Faso)
1 – 4 juin 2007
Monsieur le Président,
Excellence, Monsieur Blaise Compaoré, Président du Burkina
Faso et Président de la CEDEAO, Excellence, Monsieur Mohamed
Ibn Chambas, Président de la Commission de la CEDEAO,
Excellences, Mesdames et Messieurs les ministres des
finances et de l'intégration régionale des pays de la CEDEAO,
Chers invités, Mesdames et Messieurs,
Je
voudrais tout d'abord remercier Son Excellence
Monsieur Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso et
Président de la CEDEAO, d'avoir accueilli cette retraite.
Monsieur le Président, vous avez montré, par de multiples
façons et par votre hauteur de vues exemplaire, un
engagement résolu en faveur d'une intégration approfondie de
cette sous-région et du maintien de la paix et de la
sécurité. Vos efforts inlassables pour ramener la paix en
Côte d'Ivoire sont dignes d'éloges.
Je
voudrais également saisir cette occasion pour rendre hommage
à mon frère et très cher ami, Mohamed Ibn Chambas qui depuis
2002 mene de main de maître les affaires de la Commission,
notamment sa transformation de simple secrétariat en
commission à part entière.
Monsieur
le Président,
Nous
sommes réunis à Ouagadougou aujourd'hui pour faire une
analyse critique du bilan de la CEDEAO, qui servira à
déterminer l'avenir de cette grande communauté économique
régionale. Pour que ce bilan soit fructueux, la Commission
de la CEDEAO a non seulement invité les ministres de
l'intégration régionale, mais aussi les ministres des
finances car ce sont eux qui décident de l'utilisation des
ressources des États membres. La décision de réunir ces deux
groupes de ministres est digne d'intérêt car elle leur donne
l'occasion de se consulter et d'avoir la même conception de
l'intégration régionale comme stratégie de développement
durable de la sous-région. La Commission nous invite à axer
nos débats sur trois grandes questions: la vision de la
CEDEAO, son plan stratégique à moyen terme pour la réduction
de la pauvreté et l'harmonisation des politiques.
Monsieur le Président,
La CEDEAO
est l'une des communautés économiques régionales (CER) la
plus avancèe du continent. Contrairement aux autres CER qui
sont à cheval sur plusieurs sous-régions et sont donc
difficiles à gérer, la CEDEAO ne couvre que l'Afrique de
l'Ouest. Elle est ainsi dans une position unique et enviable
pour mettre au point et appliquer un programme d'intégration
qui pourrait faire avancer le programme d'intégration
continentale de l'Union africaine. Malgré les succès qu'elle
a enregistrés et le fait qu'elle soit considérée comme l'une
des CER les plus avancées du continent, je suis convaincu
que la CEDEAO peut faire davantage. Cette retraite vient
donc à point nommé car elle nous donne l'occasion de
réfléchir aux défis que nous devons relever et d'établir une
feuille de route, qui nous conduira à l'intégration totale
de la sous-région.
C'est
dans ce contexte qu'il nous est demandé de réfléchir à la
vision de la Communauté. Pour ma part, cette nouvelle vision
signifie que les 15 économies de la sous-région deviennent
une seule économie forte, robuste et diversifiée, qui
bénéficie d'une infrastructure transfrontière de première
classe, d'une main-d'œuvre très bien formée, souple et
mobile, de capitaux très mobiles et de services sanitaires
bien conçus, et où règnent la paix et la sécurité. Tous ces
éléments doivent être étayés par des politiques nationales
de développement marquées par l'esprit d'appropriation et la
confiance en soi, qui laissent suffisamment de marge de
manœuvre aux États membres dans la conception de stratégies
adaptées à leurs besoins spécifiques, dans l'objectif ultime
de mettre progressivement un terme à la dépendance envers
l'aide.
L'intégration régionale est un impératif particulièrement
pressant en Afrique de l'Ouest en raison de la taille, de la
structure et du faible niveau de développement des économies
de la sous-région. La plupart d'entre elles sont petites et
peu diversifiées, et les relations commerciales entre les
pays sont insignifiantes. À l'exception du Nigéria, les pays
de la sous-région sont trop petits pour constituer des
marchés viables au plan international. Cette fragmentation
des marchés empêche le développement industriel dans la
sous-région. C'est pour cela qu'il faut intégrer les marchés
de la sous-région pour permettre aux États membres de la
CEDEAO de surmonter les obstacles découlant de l'étroitesse
de leurs marchés nationaux et de bénéficier des économies
d'échelle, d'une concurrence plus forte et d'un
accroissement de l'investissement national et étranger.
Monsieur
le Président,
L'intégration régionale est aussi indispensable pour
l'Afrique de l'Ouest parce que les pays de la sous-région
sont confrontés à de nombreux défis communs, qui peuvent
être mieux relevés de façon collective. Ces problèmes sont
notamment la marginalisation de la région dans l'économie
mondiale, la faiblesse des infrastructures, les résultats
médiocres des politiques macroéconomiques, ainsi que des
biens communs régionaux comme l'environnement et
l'utilisation des ressources naturelles. Par ailleurs, 14
des 15 pays de la sous-région sont des pays à faible revenu.
Les ressources en eau provenant de grands fleuves comme le
Niger, le Sénégal et la Gambie sont communes à de nombreux
pays et doivent donc être gérées de façon collective et
concertée afin d'assurer leur durabilité. De plus, trois
pays, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, sont enclavés et
doivent donc faire face à des coûts de transport élevés et à
des difficultés uniques, propres aux 15 pays enclavés
d'Afrique, qui ne peuvent être résolues que par une
amélioration de la coopération et de l'intégration
régionales.
La CEDEAO
a accompli des progrès remarquables au fil des ans. Par
exemple, elle a créé en 1990 une zone de libre-échange
dynamique, appuyée par des programmes de facilitation du
commerce, notamment une formule de déclaration douanière
simplifiée uniforme et une nomenclature statistique commune,
conforme au Système harmonisé de l'Organisation mondiale des
douanes (OMD). Elle a également lancé des programmes visant
à renforcer et à développer les infrastructures de la
sous-région, en particulier dans les domaines des
télécommunications, des routes et de l'énergie.
Monsieur
le Président,
Malgré
ces progrès, plusieurs problèmes se posent encore, notamment
le faible niveau d'échanges commerciaux à l'intérieur de la
communauté, la pauvreté, l'intégration monétaire et la
circulation des personnes. Le commerce intra régional en
Afrique de l'Ouest est encore limité et ne représente, en
moyenne, qu'environ 10% du total des exportations. Cette
faiblesse du commerce intracommunautaire, tient à de
nombreux facteurs: structure économique des États membres
qui empêche l'offre de produits diversifiés, politiques
institutionnelles médiocres, infrastructures inadaptées,
marchés financiers et des capitaux insuffisants et
non-application des protocoles commerciaux.
Bien que
les résultats de la CEDEAO dans le domaine du commerce
soient comparables à ceux d'autres CER africaines, ils
restent bien en deçà de ceux des blocs commerciaux d'autres
continents. Par exemple, le commerce au sein de
l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN)
représente environ 60% du total des exportations des pays
membres. Il en est de même pour les pays membres de l'Accord
de libre-échange nord-américain (ALENA), où le commerce
intra régional représente 56% du total des exportations. On
ne peut donc pas s'étonner que les économies de l'ASEAN et
de l'ALENA soient aussi florissantes.
Pour
lever les obstacles qui empêchent le flux des marchandises
et des services au sein de la sous-région, nous devons
suivre les orientations préconisées. Les États membres
doivent s'engager à procéder à une diversification
structurelle efficace de la production et des exportations.
Il convient d'encourager la production de biens
d'exportation non traditionnels ayant un avantage comparatif
sur les marchés régionaux et mondiaux. Les gouvernements
pourront envisager d'orienter leurs politiques et stratégies
de développement industriel vers des chaînes de production
diversifiées, suivant des approches fondées sur la
transformation des matières premières locales et sur
l'innovation locale.
L'état
actuel de nos infrastructures ne favorise pas les échanges
intracommunautaires. Il faut améliorer les infrastructures
et les services de transport et, pour cela, entretenir ou
remettre en état les routes existantes; étendre le réseau
routier aux zones isolées; améliorer le réseau ferroviaire;
remplacer les équipements portuaires devenus obsolètes et
inadaptés, créer davantage de ports secs pour desservir à la
fois les pays enclavés et les régions de l'intérieur des
pays côtiers et, enfin, multiplier les liaisons aériennes
dans la sous-région.
La CEDEAO
a adopté un passeport unique pour faciliter la libre
circulation de ses citoyens. Ceux-ci n'ont plus besoin de
permis ou de visa d'entrée pour traverser les frontières au
sein de la Communauté. Mais bien que celle-ci dispose d'un
Protocole sur le droit de séjour, les États membres hésitent
à l'appliquer. Il est temps que l'ensemble des pays
signataires du Protocole le mettent intégralement en
application et contribuent ainsi à promouvoir le commerce au
sein de la sous-région.
Monsieur
le Président,
Permettez-moi maintenant d'aborder la question des
stratégies de réduction de la pauvreté. Je voudrais
féliciter vivement la CEDEAO pour son plan stratégique à
moyen terme de réduction de la pauvreté. Jusqu'à présent,
chaque pays avait sa propre stratégie en la matière. La
CEDEAO a été la première à adopter une démarche novatrice
consistant à traiter les problèmes de pauvreté sous une
optique transfrontière.
Par
rapport aux autres régions du monde en développement, la
réduction de la pauvreté et la réalisation des OMD n'ont
guère progressé dans la plus grande partie de l'Afrique,
notamment dans les pays membres de la CEDEAO. Bien que le
taux de croissance ait augmenté ces dernières années sur le
continent, cette augmentation a été instable et insuffisante
pour atteindre les OMD. Qui plus est, cette croissance n'a
pas, pour l'essentiel, profité à l'ensemble de la société
car elle a principalement été concentrée dans les industries
extractives.
Il est
essentiel d'accélérer, d'améliorer la qualité et la
durabilité de la croissance dans la sous-région pour réduire
la pauvreté. Il faudra à cet effet des politiques cohérentes
et prudentes de dépenses publiques, notamment en matière de
développement des infrastructures, une stabilité
macroéconomique durable, une action internationale plus
énergique pour faire face aux chocs externes et, surtout la
paix et la sécurité.
La mise
en œuvre des stratégies de réduction de la pauvreté exigera
des ressources internes et externes. Les pays membres
devront activement mobiliser les ressources internes pour
financer des politiques favorables aux pauvres. À cet effet,
ils pourraient améliorer le recouvrement de l'impôt et
créer, grâce aux marchés de capitaux, des instruments
financiers comme les obligations et les bons du Trésor.
Mais les
ressources internes ne suffiraient pas seules à financer la
mise en œuvre des SRP. C'est pourquoi le Projet Objectifs du
Millénaire de l'ONU, la Commission pour l'Afrique, le G-8 et
l'Assemblée générale des Nations Unies ont appelé à une
«forte augmentation», qui revient à doubler l'aide et à
accélérer l'investissement intérieur pour relancer la
croissance et atteindre les OMD. Pour mettre en œuvre la
stratégie de cette «grande poussée», il faudra toutefois
créer une capacité d'absorption appropriée et un espace
financier suffisant au niveau macroéconomique qui permettent
de faire face à l'augmentation des recettes et des dépenses
liée aux apports supplémentaires d'APD. Nous venons, pour
beaucoup d'entre nous, d'Accra où nous avons participé à une
intéressante réunion sur le financement du développement,
axé sur l'énergie. Les conclusions de cette réunion offrent
une nouvelle perception des moyens de financer le
développement sur le continent, et notamment dans la
sous-région.
Monsieur
le Président,
Il
ressort de données scientifiques de plus en plus nombreuses
que les émissions des gaz à effet de serre entraînent des
changements climatiques. Ce sont les pays pauvres en
développement, ceux de l'Afrique de l'Ouest en particulier,
qui ont le plus à craindre de cette situation, car ils sont
plus dépendants de l'agriculture, plus vulnérables aux
changements côtiers et de ressources en eau et disposent de
moins de capacités financières, techniques et
institutionnelles pour s'adapter.
Monsieur
le président,
Permettez-moi à présent de dire en quelques mots pourquoi il
est nécessaire que les divers groupements d'intégration
régionale harmonisent et coordonnent leurs politiques. La
CEA estime trop complexe l'actuel système d'intégration en
Afrique. Pratiquement chacun de nos pays appartient à plus
d'une communauté économique régionale. Le nombre de ces CER
et leur manque de coordination se sont traduits par des
chevauchements inutiles de leurs activités. Il est donc
urgent d'aligner ces CER par souci de cohérence.
Il y a,
en Afrique de l'Ouest, la CEDEAO et l'Union économique et
monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les deux organisations
reconnaissent que leurs efforts doivent se compléter et
s'emploient à éliminer le double emploi et le chevauchement
de leurs programmes et activités. Elles ont créé à cet effet
un cadre commun de consultations pour renforcer leurs
relations.
Nonobstant ce cadre louable de coopération, la CEDEAO et l'UEMOA
doivent faire davantage. Elles doivent harmoniser leurs
protocoles et aligner leurs cadres institutionnels pour
assurer une utilisation efficace et rationnelle des
ressources.
Monsieur
le Président,
Je
voudrais, avant de conclure, indiquer brièvement ce que nous
faisons à la CEA pour renforcer notre collaboration avec la
CEDEAO.
En marge
de la réunion de la BAD tenue à Shanghai, je me suis
entretenu avec le Président de la Commission de la
Communauté, M. Ibn Chambas, sur les moyens de renforcer la
collaboration entre nos deux institutions. Je l'ai informé
que notre Bureau sous-régional à Niamey avait été renforcé
et qu'il conclurait très bientôt un accord pluriannuel avec
la CEDEAO. Cet accord fixera les domaines de coopération,
qui comprendront l'intégration régionale, le commerce, les
infrastructures, le renforcement des capacités, le
développement des ressources humaines, ainsi que la
mobilisation de ressources en faveur des projets et
programmes régionaux multisectoriels. La CEA affectera par
ailleurs à Abuja un haut fonctionnaire chargé d'assurer
quotidiennement la liaison entre les deux organisations.
Monsieur
le Président,
Je
voudrais conclure en vous assurant que la CEA continuera
d'aider la CEDEAO et les États membres à concevoir des
politiques développement judicieuses. Elle continuera
également de renforcer son partenariat avec la Commission de
l'Union africaine et la Banque africaine de développement
pour réaliser le programme de développement de notre cher
continent.
Au nom de
la CEA, je vous remercie de nous avoir invités à cette
importante rencontre, à laquelle je souhaite pleins succès.
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