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Éditorial

Sommet sur la sécurité
nucléaire: chacun pour soi sauf en cas de catastrophe
Jean Telé
Le Sommet sud-coréen sur la sécurité nucléaire s'est
terminé, en mars dernier, par l'adoption d'un "communiqué de
Séoul" à la portée relativement limitée, mais témoignant de
certains progrès dans ce cadre de discussions proposé en
2009 par le président américain Barack Obama.
Les dirigeants de 53 pays et des organisations
internationales, dont pour la première fois Interpol, ont
rappelé le risque représenté par le terrorisme nucléaire,
considéré comme "l'une des menaces les plus inquiétantes sur
la sécurité internationale".
Après avoir réaffirmé les "objectifs communs de désarmement
nucléaire, de non-prolifération nucléaire et d'usages
pacifiques de l'énergie nucléaire" formulés lors du premier
sommet, en 2010 à Washington, ils ont émis une série de
recommandations dans différents domaines allant de la
consolidation de "l'architecture de la sécurité nucléaire
globale" au travers de textes telle la convention de 2005
sur la répression des actes de terrorisme nucléaire et
l'amendement à la Convention sur la protection physique des
matières nucléaires (CPPNM), à la lutte contre le trafic
nucléaire illicite ou encore la coopération internationale.
Certains engagements concrets ont été formulés. Les
participants ont fixé à 2014 l'entrée en vigueur de la CPPNM.
De nouveaux pays, y compris l'Italie, se sont engagés à
éliminer leurs réserves de matières fissiles. Et les
Pays-Bas, la Belgique, les États-Unis et la France vont
renforcer la sécurité des sites contenant de l'uranium
hautement enrichi, notamment ceux où sont produits les
radio-isotopes dans le secteur de la pharmacie. Ces quatre
pays veulent également produire ces radio-isotopes sans
utiliser de l'uranium hautement enrichi.
PAS DE NORMES CONTRAIGNANTES
Le rôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique
(AIEA) sort renforcé de ces discussions. Les pays sont
appelés à faire plus souvent appel à ses services, à se
conformer à ses cadres de régulation et à augmenter les
contributions financières qu'ils lui versent. Comme annoncé
avant l'ouverture du sommet, les questions du nucléaire
nord-coréen et iranien n'ont pas fait l'objet de discussions
en session plénière, mais seulement lors d'échanges
bilatéraux.
Il existe aujourd’hui dans le monde suffisamment de matière
fissile pour produire environ 100 000 armes nucléaires. Si
tous les Etats sont d’accord pour lutter contre les risques
de voir ce matériel tomber entre les mains de terroristes,
bien peu ont envie de laisser une quelconque autorité
internationale venir observer à la loupe la gestion de leur
stock de sources radioactives. C’est pourquoi les grandes
ambitions affichées lors du sommet de Séoul ne pouvaient que
se solder par une conclusion décevante : le communiqué
publié par les 53 pays réunis se résume à une longue liste
de déclarations de bonnes intentions mais évite
soigneusement toute clause contraignante.
Le sommet a cependant été l’occasion pour certains pays
d’annoncer des promesses concrètes de réduction de leurs
stocks d’uranium hautement enrichi. Il est aussi le signe
que, depuis la catastrophe japonaise de Fukushima, les États
prennent progressivement conscience de l’importance du
dialogue et de la coopération en matière de sûreté
nucléaire.
Le prochain sommet aura lieu dans deux ans, aux Pays-Bas.
L’occasion de voir si les engagements de Séoul seront
tenus.
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