Journal de la diplomatie et des affaires

  Édition Mars-Avril 2012

                                           
                                             Éditorial

Sommet sur la sécurité nucléaire: chacun pour soi sauf en cas de catastrophe

Jean Telé

Le Sommet sud-coréen sur la sécurité nucléaire s'est terminé, en mars dernier, par l'adoption d'un "communiqué de Séoul" à la portée relativement limitée, mais témoignant de certains progrès dans ce cadre de discussions proposé en 2009 par le président américain Barack Obama.

Les dirigeants de 53 pays et des organisations internationales, dont pour la première fois Interpol, ont rappelé le risque représenté par le terrorisme nucléaire, considéré comme "l'une des menaces les plus inquiétantes sur la sécurité internationale".

Après avoir réaffirmé les "objectifs communs de désarmement nucléaire, de non-prolifération nucléaire et d'usages pacifiques de l'énergie nucléaire" formulés lors du premier sommet, en 2010 à Washington, ils ont émis une série de recommandations dans différents domaines allant de la consolidation de "l'architecture de la sécurité nucléaire globale" au travers de textes telle la convention de 2005 sur la répression des actes de terrorisme nucléaire et l'amendement à la Convention sur la protection physique des matières nucléaires (CPPNM), à la lutte contre le trafic nucléaire illicite ou encore la coopération internationale.

Certains engagements concrets ont été formulés. Les participants ont fixé à 2014 l'entrée en vigueur de la CPPNM. De nouveaux pays, y compris l'Italie, se sont engagés à éliminer leurs réserves de matières fissiles. Et les Pays-Bas, la Belgique, les États-Unis et la France vont renforcer la sécurité des sites contenant de l'uranium hautement enrichi, notamment ceux où sont produits les radio-isotopes dans le secteur de la pharmacie.  Ces quatre pays veulent également produire ces radio-isotopes sans utiliser de l'uranium hautement enrichi.

PAS DE NORMES CONTRAIGNANTES

Le rôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sort renforcé de ces discussions. Les pays sont appelés à faire plus souvent appel à ses services, à se conformer à ses cadres de régulation et à augmenter les contributions financières qu'ils lui versent. Comme annoncé avant l'ouverture du sommet, les questions du nucléaire nord-coréen et iranien n'ont pas fait l'objet de discussions en session plénière, mais seulement lors d'échanges bilatéraux.

Il existe aujourd’hui dans le monde suffisamment de matière fissile pour produire environ 100 000 armes nucléaires. Si tous les Etats sont d’accord pour lutter contre les risques de voir ce matériel tomber entre les mains de terroristes, bien peu ont envie de laisser une quelconque autorité internationale venir observer à la loupe la gestion de leur stock de sources radioactives. C’est pourquoi les grandes ambitions affichées lors du sommet de Séoul ne pouvaient que se solder par une conclusion décevante : le communiqué publié par les 53 pays réunis se résume à une longue liste de déclarations de bonnes intentions mais évite soigneusement toute clause contraignante.

Le sommet a cependant été l’occasion pour certains pays d’annoncer des promesses concrètes de réduction de leurs stocks d’uranium hautement enrichi. Il est aussi le signe que, depuis la catastrophe japonaise de Fukushima, les États prennent progressivement conscience de l’importance du dialogue et de la coopération en matière de sûreté nucléaire.

Le prochain sommet aura lieu dans deux ans, aux Pays-Bas. L’occasion de voir si les engagements de Séoul seront tenus. 

 


 

 

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